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Monde : 1 cancer sur 8 d’origine infectieuse

« Je parie que d’ici 2050 – et peut-être même plus tôt – nous aurons découvert que plus de 80 % des cancers humains sont d’origine infectieuse. Ce chiffre pourrait atteindre 95 %. En 1975, on estimait qu’il était nul. »

Vous vous souvenez ? Il s’agit du fameux pari fait en 2009 par Paul Ewald, biologiste américain (lire son interview ici).

Le Centre international de recherche sur le cancer (qui dépend de l’OMS) publie une étude dans le Lancet quantifiant les cancers causés par des infections (virus, bactéries, parasites).

Lien : https://www.thelancet.com/journals/lanonc/article/PIIS1470-2045(26)00307-4/fulltext

Résultat ?

En 2024, 1 cancer sur 8 dans le monde avait une origine infectieuse (environ 2,3 millions de cas soit 12 % du total).

C’est l’Asie orientale qui supporte la plus grosse part du fardeau (900 000 cas).

Côté pathogènes, on retrouve les usual suspects en tête : la bactérie Helicobacter pylori (cancer gastrique), le papillomavirus (HPV, cancer du col de l’utérus), le virus de l’hépatite B (cancer hépatique) et le virus Epstein–Barr (lymphome de Burkitt).

Bref : rien de neuf sous le crabe.

Les estimations précédentes faisaient état de 1 cancer sur 5.

Il est important de rappeler ce fait fondamental : il n’existe pas d’organisation forte de milliers de petites mains qui additionneraient les cas de cancer et qui identifieraient la ou les causes pour chaque.

Ces travaux sont des compilations de compilations d’origine nationale très variée, des estimations, des modèles, des calculs statistiques.

Cela ne signifie pas que ces travaux sont inutiles. Mais il faut toujours les (re)mettre en perspective.

Ils ouvrent une petite fenêtre sur le Réel.

Par exemple, j’aime à rappeler que tous les chiffres relatifs à l’incidence par type de cancer en France (lire panorama 2026) reposent sur 2 dizaines de registres locaux dont les données sont extrapolées, triturées, malaxées (un registre national vient d’être créé mais il faudra attendre plusieurs années)…

Bref, à prendre avec de très longues pincettes (les chiffres des décès par cancer sont, eux, beaucoup plus fiables).

Un mot à présent sur ces fameuses « causes infectieuses ».

Je vais être direct : quand ma belle-soeur thaïlandaise est décédée à Bangkok en 2018 d’un cancer du sein… aucune autopsie n’a bien sûr été pratiquée ni aucune analyse effectuée (idem pour ma mère décédée à Paris en 2020).

Comment savoir alors si elle était rongée par un ou plusieurs microorganismes ?

Et dans l’affirmative, quelles étaient les actions directes -ou indirectes- de ce ou ces pathogènes sur le développement de sa maladie ?

Nous n’en savons rien car nous ne regardons pas. CQFD.

Pire encore (je le répète souvent) tout un règne du vivant à la fois gigantesque et fascinant, nous échappe encore : le mycobiome. Le monde des champignons (dont certains vivent en nous et sur nous et peuvent devenir pathogènes).

Nous ne somme qu’au début de l’exploration.

Et le pari de Paul Ewald continue d’agir comme un phare et d’exciter notre curiosité.