
Si je vous dis que deux chercheurs chinois viennent de publier une nouvelle théorie pour expliquer la nature des métastases et leur formation ?
« Cancer Cell-Memory Macrophage Hybrid Theory for metastatic cancer cells »
Lien : https://www.frontiersin.org/journals/oncology/articles/10.3389/fonc.2026.1780597/full
Vous me répondrez sans doute que ça vous fait une belle jambe.
Mais surtout, vous serez interloqués car vous pensiez que les métastases étaient disséquées, cataloguées, expliquées par la science depuis longtemps.
Justement, non.
Jamais la définition donnée par un humoriste n’a été aussi vraie et tranchante comme un scalpel : « un cancérologue est le spécialiste d’une maladie que l’on ne connaît pas ». 😉
Voilà pourquoi de nombreux scientifiques continuent de travailler et de se creuser les méninges pour tenter de comprendre et d’expliquer à la fois l’étiologie du cancer mais aussi l’apparition des métastases.
Pour paraphraser Churchill et son cigare si cancérogène, une métastase est « un rébus enveloppé de mystère au sein d’une énigme ». Un phénomène excessivement étrange.
C’est l’occasion de rappeler le dogme porté à bout de bras par les zélotes de la Lascience :
POINT A
Vos cellules de poumons subissent des mutations parce que vous avez trop fumé (ou pas). Ces mutations vont ensuite créer une tumeur. On l’appelle tumeur primaire.
POINT B
Des cellules de cette tumeur aux poumons retroussent leurs manches, enfilent leurs chaussures de marche et vont se promener dans votre corps… Elle s’inscrustent alors sur vos os ou dans votre cerveau et forment des métastases ou tumeurs secondaires.
Ici, même un étudiant en première année d’histoire de l’art à Nanterre devrait comprendre que quelque chose cloche.
Comment des cellules de poumons mutées (ces mutations ayant donc causé la tumeur selon la doxa) pourraient faire muter d’autres type de cellules, d’os ou de foie et créer ainsi une autre tumeur (composées de mutations différentes) ?
Otez-moi d’un doute : vos os ont-ils fumé aussi ? Des brunes ou des blondes ? Combien de paquets par jour ? 😉
Il faut le marteler (voir le Cancer Genome Atlas) : ces mutations sont DIFFERENTES au sein de la tumeur primaire, dans les tumeurs secondaires et différentes également d’un individu malade à un autre.
Il n’y a aucune « recette mutagène », aucune « formule », aucune « combinaison gagnante » (à quelques rares exceptions près) dans les tumeurs solides.
Résumons : un 1er chaos de mutations (« stochastiques« ) provoque une tumeur aux poumons et ensuite ce 1er chaos est capable de créer une autre tumeur, ailleurs, avec un 2ème chaos de mutations. Et ainsi de suite : entraînant la généralisation du cancer (des cancers ?) à plusieurs organes.
Pour tenter de recoller les morceaux de cette extravagance biologique, on invente une litanie d’expressions : tumeur primaire, tumeur mère, fille, niche prémétastatique, foyer primaire, invasion locale, extravasation, dissémination par contiguïté, métastase métachrone, tropisme métastatique, sans oublier le polémique « colonisation », etc.
Bref, l’Almanach Vermot du crabe.
Alors qu’en prenant un peu de recul… un phénomène plus simple pourrait expliquer un tel bazar : une infection.
Les tumeurs, primaires, secondaires, mère, fille peu importe leur dénomination, seraient le produit d’un ou plusieurs processus infectieux créés et alimentés par une ou plusieurs tierces-parties (des micro-organismes pathogènes, bactéries, virus, parasites, champignons, choisissez votre poison y’en aura pour tout le monde).
Dans ce schéma, vous l’aurez compris, les mutations (bien réelles, très nombreuses et variées) seraient un effet et non une cause.
Mais j’insiste : il s’agit d’une théorie comme les autres. Voilà le point important à retenir.
Scientifiquement, le cancer est d’abord une école d’humilité : « je sais que je ne sais rien ».
Après tout, « métastatique » rime bien avec « socratique ». 😉
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Pour revenir à nos deux amis chinois, leur théorie audacieuse est la suivante : les cellules métastatiques seraient des cellules hybrides créées par une fusion entre une cellule cancéreuse primaire et un macrophage à mémoire (un type de cellule immunitaire dont la fonction principale est d’« avaler » puis de « digérer » les cellules pathogènes et autres cellules mortes).
Cela pourrait expliquer pourquoi ces cellules métastatiques peuvent circuler, puis se mettre « en dormance » dans un tissus… et se réveiller un jour. Ou pas. Et pourquoi on trouve des micro-organismes à l’intérieur des tumeurs, sans oublier les effets contradictoires de certains de ces microbes (parfois ils favorisent le cancer, parfois ils le freinent), etc.
Bref, cette théorie travaille plutôt sur le comment. Pas vraiment sur le pourquoi.
Pourquoi d’autres tumeurs apparaissent, ailleurs dans le corps ? La doxa établit un lien de cause à effet en raison du temps : on découvre la première tumeur avant les secondes (ce n’est d’ailleurs pas toujours vrai), mais cela ne prouve pas le lien causal.
Parenthèse : là encore, on a créé une expression pour décrire cet énième paradoxe. « Cancer de primitif inconnu » (on détecte les métastases mais sans pouvoir trouver la fameuse tumeur primaire qui est pourtant censée… ! On tourne en rond.)
Bref, ces processus cancéreux (tumeurs primaires et métastases) pourraient être en réalité parallèles (avec une origine commune) voire même différents de nature (avec par exemple plusieurs types d’infection).
Et pour achever de vous faire des nœuds au cerveau : parlons des lésions (ou « nodules »).
Le cas le plus simple (enseigné à l’école) : on détecte une seule masse tumorale (aux poumons ou sur le foie par exemple).
Mais sur une tumeur primaire on peut en réalité trouver… plusieurs nodules (donc de fait plusieurs tumeurs !)… Alors qui a métastasé en premier ? Et qui a métastasé quoi ?
A ce stade, l’œuf et la poule se mettent en grève. Ou en arrêt maladie longue durée.
Alors, pour se raccrocher aux branches, Lascience forge, une fois de plus, des expressions : « Tumeurs primitives multiples synchrones ».
Cela ne fait pas vraiment avancer le schmilblick mais cela sonne bien.
Et cela permet surtout de dissimuler son ignorance devant un aéropage d’idiots utiles.


