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La famille des isocoumarines s’agrandit

Une équipe chinoise vient d’identifier un nouveau composé d’isocoumarine, à partir du champignon endophyte Penicillium sclerotigenum (en association avec la plante médicinale chinoise Aconitum carmichaelii).

Nom de baptème ? Xicoreone.

Il possède une activié antibactérienne et antifongique (contre Candida albicans).

Lien : https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/14786419.2026.2690636

Rappel : les isocoumarines sont une famille de métabolites secondaires produits naturellement par divers organismes (dont des champignons, certaines plantes, des bactéries).

Vous allez me dire : ça nous fait une belle jambe. Et vous n’auriez pas tout à fait tort. 😉

Mais cette toute petite nouvelle démontre que nous n’avons pas complètement exploré -loin de là- le monde des champignons et des molécules qui leur sont associées.

Ces sous-produits occupent un très large spectre biochimique, des plus dangereux (mycotoxines) aux plus bénéfiques (pénicilline par exemple).

Les champignons forment un règne aussi vaste que fascinant. Ils sont en nous, sur nous, autour de nous et ont de multiples effets -directs et indirects- sur le fonctionnement du vivant.

Pour prendre la mesure de cet univers, je vous conseille le livre de Nicholas P. Money (2024) : Molds, Mushrooms, and Medicines: Our Lifelong Relationship with Fungi (pas encore traduit en français).

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Livre : La vie immortelle d’Henrietta Lacks

The Immortal Life of Henrietta Lacks, Rebecca Skloot, 2010 (traduction française, Calmann-Lévy, 2011).

J’évoque « HeLa » dans le chapitre 11 (« Je est un autre ») de mon livre, au sujet des cellules cultivées pour la recherche médicale.

HeLa renvoie au nom Henrietta Lacks. Le labo qui effectua à l’époque le prélèvement avait pour habitude d’utiliser les 2 premières lettres du prénom et du nom du donneur pour l’étiquetage.

Cette mère de famille afro-américaine est décédée à Baltimore en 1951 d’un cancer de l’utérus foudroyant.

Mais depuis cette date, ses cellules se sont multipliées à l’infini, aux quatre points de la planète, dans de nombreux laboratoires.

C’était la première fois que des cellules d’un être humain pouvaient être ainsi cultivées en continu (en réalité cette idée ne résiste pas à l’épreuve du temps… 70 ans après, les cellules HeLa ne sont plus vraiment humaines, elles contiennent par exemple de 70 à 90 chromosomes).

Qu’est-ce qui a poussé une journaliste scientifique, moitié new-yorkaise, moitié du Midwest, à vouloir raconter la vie de cette femme née sur une plantation de tabac en Virginie et décédée en octobre 1951 ?

Un hasard ? Ou plutôt un appel ? Rebecca Skloot se souvient de l’année : 1988. C’est à ce moment que son prof de biologie au lycée explique le fonctionnement cellulaire et les progrès scientifiques rendus possibles par l’utilisation des cellules d’Henrietta Lacks.

Le prof précise alors : « Elle était une femme noire ». Puis efface le tableau noir. Fin du cours.

Elle se souvient également : son lycée ne comptait que 2 élèves afro-américains.

Skloot effectue ensuite des recherches. D’abord dans l’encyclopédie de ses parents. Aucune trace d’Henrietta Lacks. Puis quelques années plus tard, sur Internet. Pas grand chose non plus. C’est comme si l’origine des cellules HeLa avait été oubliée. Ou mise sous le boisseau ?

On ne peut pas comprendre ce livre si on n’intègre pas la dimension ethnique qui est l’un des angles suivis par l’auteur.

Quand Henrietta Lacks était soignée à l’hôpital de Baltimore, c’était encore le temps de la ségrégation. Elle était ainsi classée administrativement comme « colored » (un terme qui n’est bien sûr plus utilisé aujourd’hui).

Des Noirs-américains avaient subi des expériences médicales révoltantes (infection par la syphilis par exemple). C’était toléré durant la ségrégation. Ou plutôt, on fermait les yeux.

La question qui traverse l’ouvrage est : a-t-on forcé le consentement d’Henrietta Lacks parce qu’elle était afro-américaine ?

Et quid de sa famille ? A-t-on mis de côté les questions éthiques et les intérêts de la famille parce qu’ils étaient « colored » ?

Ces questions qui préoccupent l’auteur doivent être replacées dans le contexte américain (un lecteur français aura probablement du mal à comprendre).

Mais si finalement l’aspect financier l’emportait même sur la question ethnique ? Car HeLa est devenu un gros, un très gros business scientifique. La fille d’Henrietta Lacks le fait remarquer très justement : « pourquoi ses propres enfants ne peuvent même pas se payer leurs frais médicaux ? »

Cette fille, Deborah Lacks, née dans une famille très religieuse, a beaucoup souffert de cette idée -folle- selon laquelle sa maman vivait toujours, sous une certaine forme, dans des tubes à essais, des incubateurs et des congélateurs à travers le monde, des décennies après son décès.

Rebecca Skloot nous fait revivre cette Amérique des années 50 via un habile jeu de flashbacks. A ce sujet, une frise temporelle (très utile) est placée en tête de chaque chapitre et indique la décennie (puisque le récit s’étend depuis les années 1920 jusqu’au début du 21è siècle).

Les passages où elle décrit son long travail d’approche de la famille (difficile de gagner leur confiance), un véritable jeu de pistes, sont assez laborieux (pour moi en tant que lecteur), mais je comprends la démarche -ou la méthode- de Rebecca Skloot.

Elle suit la tradition du journalisme gonzo, c’est-à-dire qu’elle s’immerge dans son sujet, elle-même devenant un personnage de l’histoire (elle s’identifie manifestement à Deborah Lacks puis se prend d’amitié pour elle).

Pour conclure : ce livre explore un chapitre étonnant de l’histoire des sciences, les questions éthiques qui en découlent (comme par exemple le consentement) et décrit en filiagrane la société américaine et ses travers.

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Benzimidazoles Livres Molécules repositionnées

Livre : Cancer is a parasite

Auteur : William F. Supple (Maha Books, Skyhorse Publishing, mars 2026). Sous-titre : « Kill it with the safe over-the-counter antiparasitic fenbendazole ».

Tout commence fin 2021. La belle-mère de l’auteur, alors âgée de 83 ans, est diagnostiquée avec un cancer du sein métastasé (foie, poumons, os). Il s’agit d’une récurrence (11 ans auparavant, elle avait subi un premier cancer du sein, avec chirurgie et chimio).

Cette femme, dotée d’un fort tempérament, considère qu’elle a eu une vie bien remplie et donc elle envoie promener les médecins. Elle refuse cette fois toute chimio ou radiothérapie.

William F. Supple, qui est un neuroscientifique de formation (doctorat), a alors cette révélation (assez commune parmi les onconautes) : fichu pour fichu pourquoi ne pas explorer les thérapies alternatives dans la littérature ?

Il tombe sur le fenbendazole, un vermifuge vétérinaire. L’argumentaire scientifique semble tenir la route. La belle-mère va alors prendre 222 mg (protocole Joe Tippens) chaque matin dans son yaourt.

Deux semaines après, elle retrouve l’appétit et se sent un peu mieux. Dans le mois qui suit, elle est suffisamment forte pour pouvoir quitter la clinique de soins palliatifs. Et six mois après… son cancer a disparu.

Elle arrête le fenbendazole en juillet 2022 (donc après 8 mois d’utilisation). Un CT scan effectué en janvier 2025 signe la bonne nouvelle : R.A.S.

F. Supple ouvre en 2022 un blog Substack pour promouvoir l’utilisation du benzimidazole carbamate : Fenbendazole can cure cancer.

Revenons sur le titre du livre conçu précisément pour interpeller. L’auteur explique qu’il s’agit avant tout d’une métaphore. Non, le cancer ne serait pas littéralement un parasite… mais il se comporte comme un parasite (et cela peut donc servir de modèle théorique).

L’auteur détaille 21 rapports de cas de cancéreux utilisant la molécule vermifuge, 3 rapports de cas pour des tumeurs non malignes et enfin 3 rapports de cas… sur des chiens (cette dimension vétérinaire est fondamentale à mon sens, j’en ai parlé à plusieurs reprises).

Le chapitre qui compare les parasites et le cancer est très intéressant (avec leurs nombreux traits communs comme par exemple l’aneuploïdie et un rythme circadien différent de celui de l’hôte).

L’auteur a en outre effectué une étude et a trouvé une corrélation inverse entre les pays qui mènent des politiques de santé publique antiparasitaire et l’incidence des cancers (plus basse que dans les pays occidentaux).

Je n’avais jamais pensé à cet angle (et pourtant en Thaïlande, c’est dans les moeurs, on se vermifuge 1 ou 2 fois par an). On peut toutefois douter de la qualité des données liées à l’incidence des cancers dans certains pays, en particulier en Afrique.

Les parasites peuvent causer une inflammation chronique qui agit comme un carburant pour le crabe. En Occident nous ignorons ces micro-organismes que nous associons exclusivement aux pays du tiers-monde. C’est une erreur.

(à ce sujet, je vous recommande le livre de Philippe Humbert paru en 2025 : Les Parasites : ces hôtes invisibles qui envahissent notre corps. Edifiant voire angoissant !)

Enfin, Supple détaille les propriétés antitumorales du fenbendazole (il y en a plusieurs, la première étant l’inhibition des microtubules), sa pharmacocinétique (dosage, absorption, métabolisme), etc.

Un bon point qui prouve qu’il a fait le boulot : il a déterré la première étude publiée par Janssen Pharmaceutica (filiale du géant Johnson&Johnson) le 22 mars 1976 qui présentait un nouveau benzimidazole carbamate, l’oncodazole, et ses propriétés antitumorales.

Le nom choisi (« oncodazole ») n’était pas dû au hasard…

Quand on vous dit que toute cette affaire est vieille d’un demi-siècle !

Mais je suis le premier à avoir publié le brevet déposé par Janssen en septembre 1976 faisant le lien entre benzimidazoles carbamates et propriétés anticancéreuses (lire mon article, une version anglaise est également disponible). 😉

Cet angle historique me paraît essentiel pour combattre tous les idiots utiles qui nous traitent de charlatans ou de doux rêveurs.

L’oncodazole fut abandonné par la suite, du moins renommé en « nocodazole ». Supple y voit une conspiration. Je serais moins affirmatif. Cette molécule est trop « réactive ». Elle endommage toutes les cellules qui se divisent, y compris les saines (pas assez sélective). Le nocodazole a donc poursuivi sa carrière mais uniquement dans les labos comme agent antimitotique.

Au passage, rappelons que c’est Janssen qui a synthétisé en 1968 le mébendazole (l’équivalent du fenbendazole, mais autorisé chez l’homme, le brevet date de 1970).

Je signale un petit défaut de forme : l’auteur se répète parfois. Selon la formule consacrée, l’éducation est l’art de la répétition, mais c’est un peu gênant.

Ce livre apporte sa pierre à l’édifice. Il contribue au repositionnement contre le cancer de ces molécules qui sont connues et utilisées depuis plus de cinquante ans.

L’accumulation de ces expériences individuelles, la multiplication de ces « rapports de cas », le tout factorisé par le corpus scientifique existant (les études et les brevets) voilà la clé.

Nous sommes en passe d’atteindre la masse critique.

Il n’est plus possible de continuer à nier, mépriser ou moquer toutes ces informations.

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Livre : no more tears, the dark secrets of Johnson & Johnson

Le cancer vous ronge, vous ou un membre de votre famille ? Vous ne pouvez pas totalement comprendre ce qui vous arrive si vous n’étudiez pas le système dans lequel vous venez de pénétrer (et son histoire, politique, institutionnelle, réglementaire, j’y reviendrai dans un prochain article).

Il y a d’un côté le médical, la science (vous êtes dedans) mais de l’autre l’organisation, le système qui gère tout cela, qui en vit.

C’est un tout.

Ignorer un aspect c’est choisir de rester borgne.

J’ai nommé ce système Big Cancer. C’est une filiale très importante de Big Pharma.

Comment le définir ? Puissance et corruption.

Dans mon propre livre, j’ai donné une méthode pour mieux cerner cet état dans les états : parmi les nombreux ouvrages qui décrivent la corruption de Big Pharma, il suffit de procéder à un carottage temporel : sélectionnez 3 titres, couvrant la fin des années 90, les années 2010 et 2020.

C’est bête comme chou mais ça marche.

Aujourd’hui, je vous présente un livre important mais qui se concentre sur une seule société : Johnson & Johnson, le géant américain fondé en 1886.

Basée dans le New Jersey, la société fabriquait au début des compresses chirurgicales puis des pansements.

J & J est devenue la plus grande société pharmaceutique du monde (en terme de chiffre d’affaires). Elle compte 138 000 employés.

Vous connaissez son fameux talc pour les bébés (lancé en 1894 !) voire ses savons et shampoings (pour bébés aussi) ou encore le Tylenol (l’équivalent américain de notre Doliprane).

J & J est une icône, ni plus ni moins. Une icône marketing, graphique même (avec sa fameuse police de caractères et sa couleur rouge) et qui fait partie de l’american way of life.

Une société qui inspire confiance.

L’auteur, Gardiner Harris, est un journaliste scientifique qui a travaillé entre autres pour le New York Times, le Wall Street Journal. C’est carré. A l’américaine : une enquête poussée, une documentation bétonnée, une écriture soignée. Bref, du travail de professionnel. La preuve : il fut finaliste pour le prix Pulitzer.

Une précision qui me semble importante : le cercle rouge qui figure sur le haut de la couverture contient 3 mots… « Tromperie, corruption, mort ».

Car oui, cela décrit bien le programme !

Je ne vais pas évoquer le scandale du talc contaminé (avec de l’amiante). Mais plutôt me concentrer sur 2 chapitres : les opiacés et l’EPO (érythropoïétine).

On connaît le scandale des opiacés (avec l’OxyContin, commercialisé par Purdue en 1995). Mais ce que vous ne savez pas est que J & J était partie prenante et même en avance.

D’abord, avec son propre antidouleur à base de fentanyl (le Duragesic, autorisé par la FDA en août 1990)… Un système de patch (transdermique), 75 fois plus puissant que la morphine. Le dosage n’était pas précis. Il y a eu des morts.

Ce médicament était d’abord réservé aux douleurs intenses (cancers, etc.). Suivant le marketing de Purdue (avec son OxyContin) J & J a ensuite élargi l’utilisation du produit aux « douleurs chroniques ».

J & J possède des plantations de pavot en Tasmanie (Australie) depuis le milieu des années 70 pour fournir la matière première à son Tylenol codéiné (et autres opiacés médicaux).

J & J comprend vite que l’OxyContin représente un gros potentiel. A la demande de Purdue, J & J va alors développer une variété spéciale de pavot (« Norman ») permettant de maximiser la production de la molécule principale utilisée dans l’oxycodone (OxyContin): la thébaïne.

En 1996, les fermiers en Tasmanie plantent 500 hectares de ce pavot génétiquement modifié. Un chiffre qui augmentera de 50 à 100 % chaque année après. Entre 1993 et 2000, la surface totale triple ! Les fermiers font fortune et conduisent des Mercedes importées.

Si Purdue incarne la face commerciale de ce désastre de santé publique, J & J est de facto le fabricant derrière. Le boss : Don J & J. Et il en a financièrement largement profité.

Aux Etats-Unis, J & J finit ainsi par fournir 65 % de tout l’oxycodone, 54 % de l’hydrocodone, 60 % de la codéine et 60 % de la morphine (utilisés dans le pays) !

David Kessler, un ancien patron de la FDA, déclara que sans les efforts extraordinaires de J & J en Tasmanie, les Etats-Unis n’auraient pas connu l’explosion des opiacés sur ordonnances.

Passons à l’EPO.

Il s’agit d’une forme synthétique d’une hormone qui stimule la fabrication des globules rouges.

La FDA autorise sa vente en 1988. Les sociétés Amgen (marque Epogen)et J & J (marque Epocrit) se partagent ce marché, d’abord focalisé sur les dialyses (les dialyses détruisent des globules rouges ce qui entraîne des besoins en transfusions, l’EPO était vue comme une solution pour réduire ces besoins).

J & J a ensuite une idée géniale : les cancers. Les traitements (chimios, rayons) provoquent des anémies. Solution ? EPO ! Un essai clinique ridicule avec 131 patients est monté afin d’obtenir le feu vert de la FDA. L’essai est concluant : les cancéreux avec de l’EPO ont moins besoin de transfusions sanguines. Fermez le ban et ouvrez les comptes bancaires.

Pourtant, dès le début, des chercheurs s’aperçoivent que l’EPO agit comme un engrais sur des cellules cancéreuses. Un accélérateur de tumeurs.

En 1989, le magazine Fortune déclare l’EPO « produit de l’année ». Pourtant, les risques cardiaques et de croissance tumorale sont déjà identifiés.

Suit un long jeu de cache-cache. J & J devait fournir des résultats d’autres études… Les années passent. Aucune donnée. Puis, il y a des évolutions réglementaires sur la manière de rembourser les médicaments aux Etats-Unis, provoquant une explosion financière. Des sommes importantes partagées avec les médecins prescripteurs. Sans oublier de nombreuses pratiques pour contourner les réglementations en vigueur.

Il est ainsi interdit de donner du cash aux médecins. Mais J & J leur donne des échantillons « gratuits » qui sont ensuite facturés aux malades (et donc aux assurances et à Medicare dans le cas des hôpitaux) !

J & J augmente également la quantité de produit par fiole pour compenser les « pertes » (alors qu’en réalité, les hôpitaux utilisent ces quantités et les vendent !)

Tout un système se met en place. Une machine de guerre.

En 1998, l’Epocrit devient le produit le plus profitable de toute l’histoire de J & J.

En 2001, il pèse 10,4 % de son chiffre d’affaires total !

La société ment délibérement dans des messages publicitaires. La FDA proteste, impose des amendes. Mais J & J continue de diffuser ses pubs pendant des mois. Le mal est fait. Cynisme.

En octobre 2023, une étude publié dans le Lancet choque par sa conclusion : l’EPO tue des cancéreux !

En 2016, les ventes aux Etats-Unis s’élevaient encore à 1,1 milliard. En 2021, 479 millions. Seuls quelques cancérologues perdus dans la campagne américaine prescrivent encore de l’Epocrit à des malades du cancer.

Voici la conclusion de l’auteur : « Le désastre de l’EPO dépasse à bien des égards celui des opioïdes sur ordonnance.

Si les deux ont coûté la vie à un nombre similaire de personnes, les fabricants d’opioïdes n’ont jamais entraîné autant de médecins et d’institutions médicales prestigieuses dans une criminalité aussi flagrante et systématisée, les poussant ainsi à la complicité, en toute connaissance de cause et avec avidité.

Les opioïdes soulagent la douleur comme aucun autre médicament ne peut le faire, permettant aux patients de bénéficier d’un traitement. En revanche, les transfusions sanguines étant bien plus sûres et efficaces, l’EPO n’offre à la quasi-totalité des patients que des blessures et la mort.

Et comme l’EPO est beaucoup plus chère que n’importe quel opioïde, l’ampleur du détournement des fonds publics, des assurances et de l’argent des patients est considérablement plus importante. »

Je vous avais dit que c’était du lourd.

J’arrête là. Impossible de résumer tout le livre. C’est passionnant, édifiant, hallucinant même (quant au monde corporate et au système médical et réglementaire américain).

Et surtout cela fait peur.

Le cancer nous effraie tous. La peur paralyse et stimule à la fois. Vous devez aller jusqu’au bout de cette peur, et pas seulement celle de la maladie. Mais aussi la peur provoquée par les sociétés, les institutions et les professionnels qui prétendent vous aider.

L’exercice est difficile mais sain.

La connaissance est une forme de catharsis.

No more tears, the dark secrets of Johnson & Johnson, Gardiner Harris (Random House, avril 2025). Hélas, pas encore de traduction française.

L’expression « no more tears » du titre est bien entendu un clin d’oeil (sombre) au slogan publicitaire utilisé par J & J pour ses shampoings pour bébés (« ne pique pas les yeux »).

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Livres Prostate

Livre : The great prostate hoax

The great prostate hoax, how big medicine hijacked the PSA test and caused a public health disaster, de Richard J. Ablin (avec Ronald Piana) (2014)

Commençons par la fin. La plus grosse surprise de ce livre est le fait que les éditeurs français sont passés à côté. Le livre a été publié en anglais en 2014.

Et depuis ? Rien. On note une seule traduction : italien…

Pourquoi j’affirme que c’est fou ?

L’auteur est docteur, professeur de pathologie (université Arizona), un spécialiste du cancer de la prostate, un pionnier de l’immunothérapie.

Mais surtout : c’est lui qui a découvert le PSA (Prostate Specific Antigen)… en 1970 !

Difficile donc de trouver meilleur spécialiste pour parler du cancer de la prostate, des fameux tests PSA et des ravages qu’ils provoquent.

Certes, depuis 2014, la polémique a enflé, la presse a parlé de cette industrie des tests PSA et de ses effets négatifs.

Et pourtant. Combien d’hommes sont au courant ? De la polémique, des alertes dont celles d’Ablin, des études publiées invalidant ces tests menés à large échelle ?

Voici une brève synthèse :

-Ablin ne mâche pas ses mots. Il parle de « désastre de santé publique » !

-le PSA n’est ABSOLUMENT PAS spécifique au cancer. Il est spécifique… à la prostate.

-un homme peut donc avoir un PSA très faible et souffrir d’un cancer. A l’inverse, un PSA élevé et être en parfaite santé.

-le PSA ne peut donc absolument pas servir de test de diagnostic/détection du cancer. C’est un test de « suivi » (monitoring).

-Big Pharma a placé le seuil, le « cut off » à 4 ng/mL… Ce qui est criminel.

-une valeur de 4 ng/mL peut être provoquée par une éjaculation dans les 24h qui précèdent le prélèvement sanguin, ou encore une séance de vélo, une infection, ou bien une hyperplasie bénigne (un grossissement de la glande, très fréquent avec le vieillissement).

-si le seuil est atteint, alors l’industrie propose aux hommes une biopsie (procédure qui peut avoir des effets secondaires)

-au-delà, le cancer de la prostate est lié à l’âge et c’est un cancer à évolution lente.

-mais on propose aux hommes la chirurgie (ablation) et de la radiothérapie… qui provoquent des effets secondaires très lourds : incontinence et impuissance.

-chaque année aux Etats-Unis : 1 million de biopsies, débouchant sur 100 000 ablations, « la plupart d’entre-elles n’étant pas nécessaires« .

-Ablin le rappelle : la plupart du temps, les oncologues devraient simplement conseiller à leurs patients d' »attendre« . Or, ils ne vendent pas des « pauses ». Ils vendent des biopsies, des actes médicaux, des traitements. Voilà le hiatus.

-des études ont démontré que le test PSA ne changeait strictement rien à la mortalité dûe au cancer.

-on a joué cyniquement avec la peur provoquée par le mot « cancer », pour le plus grand profit d’une industrie créée de toute pièce.