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Farce et attrape

La plupart des anticancéreux autorisés en Europe depuis 2022 n’ont pas de bénéfices cliniques élevés

Des chercheurs de Harvard se sont penchés sur les bénéfices cliniques des médicaments anticancéreux autorisés en Europe entre janvier 2022 et juillet 2026.

Ils ont présenté leurs conclusions au congrès 2026 de la Société européenne d’oncologie médicale (Esmo) qui s’est tenu fin octobre à Madrid.

Lien : https://www.statnews.com/wp-content/uploads/2026/10/ESMO-MCBS-Scorecard-Press-Release-20261020-1.pdf

Seules 30 des 97 indications approuvées pour 63 médicaments anticancéreux, autorisés par l’Agence européenne des médicaments (EMA) entre janvier 2022 et juillet 2026, ont atteint le seuil correspondant à un bénéfice clinique élevé.

C’est-à-dire moins d’un tiers… !

Reformulons : les deux tiers des nouveaux médicaments contre le cancer ne servent pas à grand chose…

(on pourra toujours gloser sur les différences sémantiques entre “bénéfices cliniques élevés” et des “bénéfices cliniques” qui ne sont pas “élevés“… et si le terme “bénéfices” est dans ce cas toujours approprié)

Un des participants du congrès explique très justement que pour l’industrie pharmaceutique, l’innovation signifie “ventes, nombre d’autorisations, nouveaux mécanismes biologiques“.

Alors que pour les malades, l’innovation devrait se traduire en espérance de vie allongée, qualité de vie améliorée (moins d’effets secondaires), etc.

Bref : on est ici au coeur de la fracture de Big Cancer.

L’industrie n’a plus de jus. Alors elle tourne sur elle-même, s’enfonce dans un délire basé sur des indicateurs de plus en plus éloignés du réel : celui des malades.

Deuxième enseignement de l’étude et qui fait encore plus souffrir si l’on peut dire… L’innovation -la vraie- se déplace géographiquement.

Vous savez déjà de quoi il s’agit : l’Asie bien sûr.

Ce classement révèle que des entreprises dont le siège social est situé au Japon, en Chine ou en Inde figurent désormais parmi les sources les plus prolifiques de médicaments anticancéreux à haut bénéfice thérapeutique en Europe — un changement fondamental au sein de l’écosystème de l’innovation par rapport à la situation observée il y a seulement 5 à 10 ans.

Parallèlement, les entreprises ayant leur siège dans l’Union européenne n’ont, depuis 2022, mis au point qu’une seule indication thérapeutique à haut bénéfice sur un total de 15.

Bref, Big Pharma et sa filiale Big Cancer (dont l’essence est occidentale, rappelons-le) dépérissent…

Personne ne s’en plaindra.

(pour aller plus loin, voir le chapitre 27 de mon livre : Et si la solution était géopolitique ?).

cdubuit@onconautes.com