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Molécules repositionnées

Niclosamide et nitazoxanide : 2 autres antiparasitaires contre le cancer

Vous connaissez les benzimidazoles carbamates (mébendazole, fenbendazole, albendazole, etc.) ainsi que l’ivermectine, tous repositionnés contre le cancer, n’est-ce pas ?

Aujourd’hui, je vous présente deux autres médicaments antiparasitaires (anthelminthiques, antiprotozoaires) qui -ô coïncidence- ont également des propriétés antitumorales.

Oui, je sais, cela commence à devenir lassant. 😉

Je vous laisse demander à votre oncologue préféré pourquoi de si nombreux produits antiparasitaires -reposant sur des mécanismes biochimiques très différents les uns des autres- ont EN PLUS la capacité de détruire des cellules cancéreuses.

Sa mine ahurie voire son rictus colérique éclaireront votre journée. Promis.

NICLOSAMIDE

Commençons par le plus ancien : le niclosamide. Synthétisé en 1953 par le géant allemand Bayer. D’abord utilisé comme… molluscicide.
Début de l’usage chez l’homme en 1962 comme anthelminthique (vermifuge).

En 1977, l’OMS l’intègre à la première édition de sa liste des « Médicaments essentiels » (à noter : le mébendazole, l’albendazole et l’ivermectine en font partie aussi).

La FDA l’autorise aux Etats-Unis en 1982 comme traitement contre l’infection du ténia (ver solitaire) et autres vers plats.

Comment ça marche ? Le niclosamide bloque la synthèse de l’ATP et l’absorption du gluclose (énergie cellulaire). En gros : plus assez de carburant alors le parasite meurt.

Vous noterez que les benzimidazoles carbamates agissent très différemment (perturbation des microtubules, l’échaffaudage des cellules, qui jouent un rôle important lors de la division cellulaire).

Quant à l’ivermectine, elle agit sur les canaux chlorure glutamate-dépendants présents dans les cellules nerveuses et musculaires des invertébrés, entraînant paralysie et mort.

NITAZOXANIDE

En 1973, le chimiste et médecin Jean-François Rossignol synthétise le produit. Il le teste ensuite avec Raymond Cavier, un autre Français. Double cocorico.

Premiers tests cliniques chez l’homme en 1984. Il est principalement utilisé pour traiter les diarrhées infectieuses dues aux protozoaires.

Une étrangeté : on remarque des usages hors AMM contre d’autres parasitoses, des virus gastro intestinaux (rotavirus, norovirus, adénovirus), diarrhées à Clostridium, infections à Helicobacter pylori, la dengue (expérimental) et même la grippe (et autres infections respiratoires…).

Il y a même eu quelques tests cliniques (phase 2/3) à ce sujet.

Lire aussi la synthèse faite par Jean-François Rossignol et publiée en 2014.

Mécanisme principal : il empêche les parasites et les bactéries anaérobies de produire de l’énergie en bloquant une enzyme clé appelée pyruvate ferredoxine oxydoréductase (PFOR).

Le brevet déposé en 1974 fait même état d’activité fongistatique (selon une étude chinoise publiée en janvier 2026, il augmente la sensibilité des Candida albicans au fluconazole).

Le nitazoxanide bénéficie d’une bonne biodisponibilité. Cela lui donne un effet davantage systémique que le niclosamide (qui se concentre dans les intestins). Formellement, on parle de la famille chimique des « thiazolides » et c’est le tizoxanide (son métabolite principal) qui fait le travail.

Des études récentes montrent que le nitazoxanide possède une activité antivirale contre les coronavirus humains (plus des propriétés anti-inflammatoires) !

Eh oui, même le Sars-Cov2. Il y a eu des tests, mais on n’a pas jugé les résultats à la hauteur d’autres produits comme le paxlovid (de Pfizer) autorisé en décembre 2021… Nouveau et plus cher. Forcément. Mais ceci est un autre débat. 😉

Le 7 juillet 2022, la Haute Autorité de la Santé française refuse la demande d’autorisation d’accès pour une version en comprimé du nitazoxanide, le Rizverti 300 mg du laboratoire ACoVIT repositionné face au Covid (avec risque élevé d’évolution en forme sévère).

Bref, cette molécule s’apparente à un couteau-suisse.

Notons que le niclosamide et le nitazoxanide sont (aussi) inhibiteurs de TMEM16A qui est une protéine souvent surexprimée dans certains cancers (comme les cancers de la tête et du cou, ou gastro-intestinaux) mais également impliquée dans l’asthme, l’hypertension, etc.

Cette précision permet de rappeler que les médicaments n’ont jamais UNE SEULE propriété biochimique… mais plutôt un éventail.

C’est la base du repositionnement médicamenteux.

Seuls les sots (donc l’écrasante majorité des oncologues) sont persuadés qu’il est impossible qu’un médicament vermifuge puisse également agir contre des cellules cancéreuses… car ce n’est tout simplement pas écrit sur la notice ! 😉

Je force à peine le trait.

Et les régulateurs instrumentalisent cette ignorance crasse quand ça les arrange. On se souvient ainsi de la campagne de la FDA en août 2021 contre l’ivermectine « vous n’êtes pas un cheval, vous n’êtes pas une vache« … la même FDA ayant autorisé son utilisation chez l’homme… en 1996. Quand le cynisme s’ajoute à la désinvolture.

Enfin, cela ne vous étonnera pas : on trouve pour les 2 médicaments des études et des brevets décrivant des applications anticancéreuses.

Je pense qu’il faut toujours explorer l’angle des brevets car, répétons-le :

Greed, for lack of a better word, is good. Greed is right, greed works. Greed clarifies, cuts through and captures the essence of the evolutionary spirit. Greed in all of its forms. Greed for life, money, love, knowledge, has marked the upward surge of mankind. (la célèbre tirade du personnage de Gordon Gecko, dans le film Wall Street, 1987).

(pour les 50 brevets déposés en un demi-siècle concernant les benzimidazoles carbamates repositionnés face au cancer, lire mon dossier ici).

Et la liste des déposants, souvent prestigieux, suffit à rendre les négationnistes Gros-Jean-comme-devant.

Ainsi, quand l’université américaine et centre anticancer Johns Hopkins dépose 2 brevets autour du mébendazole en 2016 et 2019… votre oncologue lambda se cache sous son bureau : dépassé, ridiculisé, en un mot ringardisé.

BREVETS NICLOSAMIDE

2003, Etats-Unis (CombinatoRx Inc)
Methods for the treatment of neoplasms
https://patents.google.com/patent/WO2004006906A2/en

2004, Etats-Unis (Mehran Khodadoust, Bionaut Pharmaceuticals Inc)
Anti-neoplastic agents, combination therapies and related methods
https://patents.google.com/patent/US20050250709A1/en

2008, Chine (Guangzhou Institute of Biomedicine and Health of CAS)
New application of niclosamide or its pharmaceutically acceptable salt
https://patents.google.com/patent/CN101254183A/en

2012, Allemagne (Max Delbrueck Centrum fuer Molekulare in der Helmholtz Gemeinschaft)
Niclosamide for the treatment of cancer metastasis
https://patents.google.com/patent/WO2012143377A1/en

2012, Allemagne (Rheinische Friedrich Wilhelms Universitaet Bonn, Life and Brain GmbH)
Niclosamide and its derivatives for use in the treatment of solid tumors
https://patents.google.com/patent/US9844522B2/en

2016, Singapour/Italie (Chit Fang Cheok, Ramesh Kumar)
Use of niclosamide in the treatment of p53-deficient cells
https://patents.google.com/patent/WO2017048197A1/en

2016, Russie (Centre national de recherche Institut Kourtchatov)
Anticancer drug based on niclosamide
https://patents.google.com/patent/RU2617049C1/en

2019, Etats-Unis (Columbia University in the City of New York)
Activation of mitochondrial uncoupling as a therapeutic intervention
https://patents.google.com/patent/US20210161937A1/en

2019, Etats-Unis (Université Duke, Caroline du Nord)
Niclosamide analogues and therapeutic use thereof
https://patents.google.com/patent/US20210179615A1/en

2023, Etats-Unis (Tan A. Ince, Cornell University)
Cell-of-origin targeted drug repurposing for triple-negative and inflammatory breast carcinoma with hdac and hsp90 inhibitors combined with niclosamide
https://patents.google.com/patent/US20240226074A1/en

2025, Etats-Unis (Ohio State Innovation Foundation)
Niclosamide prodrugs for treating cancers
https://patents.google.com/patent/WO2025255213A1/en

BREVETS NITAZOXANIDE

2012, Etats-Unis (Jean-François Rossignol, Romark)
Use of thiazolide compounds for the prevention and treatment of viral diseases, cancer and diseases caused by intracellular infections
https://patents.google.com/patent/US20120294831A1/en

2015, Etats-Unis (Jean-François Rossignol, Romark)
Compositions and methods of treatment with prodrugs of tizoxanide, an analogue or salt thereof
https://patents.google.com/patent/US20170334868A1/en

2018, Etats-Unis (Jean-François Rossignol, Romark)
Inhibition of protein disulfide-isomerase a3
https://patents.google.com/patent/US20200038377A1/en

2020, France (Genfit SA)
Nitazoxanide et thiazolides destinés à être utilisés dans le traitement de maladies associées au stress oxydatif
https://patents.google.com/patent/EP3952869A1/fr

2020, Chine (Shenzhen Luohu Peoplel’s Hospital)
Application of nitazoxanide and pharmaceutically acceptable salt thereof in preparation of medicines for treating bladder cancer
https://patents.google.com/patent/CN111973593A/en

2021, Chine (Beijing Junke Huayuan Med Tech Co Ltd)
Pharmaceutical composition comprising tizoxanide and pharmaceutical use thereof
https://patents.google.com/patent/US12378210B2/en

2021, Chine (Southern University of Science and Technology)
Application of nitazoxanide in pharmaceuticals
https://patents.google.com/patent/CN114042064A/en

2022, Chine (Southern University of Science and Technology)
Screening method of medicament for preventing prostatic cancer and application of nitazoxanide in pharmacy
https://patents.google.com/patent/WO2023077711A1/en

2025, Chine (Beijing Sanbo Brain Hospital Co ltd)
Use of nitazoxanide and pharmaceutically acceptable salt thereof in preparation of anti-adamantinomatous craniopharyngioma drug
https://patents.google.com/patent/WO2025251699A1/en

PUBLICATIONS

Côté publications scientifiques revues par les pairs, vous connaissez désormais la musique et l’étalon de mesure : la recherche sur PubMed.

–niclosamide + cancer (uniquement sur le titre) = 125 résultats (de 2011 à 2026)

–nitazoxanide + cancer (uniquement sur le titre) = 19 résultats (de 2013 à 2026)

QUE PEUT-ON EN CONCLURE ?

La réponse est toujours duale.

Si vous êtes un zélote ou un affidé de Big Cancer, vous nierez, vous minimiserez, vous moquerez ou vous ignorerez (dans l’ordre ou dans le désordre).

Si vous êtes un médecin sérieux alors vous ouvrirez vos neurones et vous prendrez le sujet à bras le corps.

Cela s’appelle la curiosité : le moteur de la recherche scientifique.

cdubuit@onconautes.com