
Elle m’appelle par mon nom
Quand soudain je perds la raison
Est-ce un maléfice
Ou l’effet subtil du cannabis ?
Serge Gainbourg, 1970.
Pourquoi parler aujourd’hui du cannabis par rapport au cancer ?
L’occasion fait le larron. 😉
Une équipe sud-coréenne vient en effet de publier (une énième) étude à ce sujet.
Titre : Le cannabidiol induit l’apoptose et l’autophagie via l’inhibition de STAT3 et de NF-κB et potentialise l’efficacité du paclitaxel dans le cancer du poumon non à petites cellules.
Lien : https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S094471132600721X
Nous sommes d’accord, c’est pointu. Mais ici, le mot-clé important est « énième« .
Posons le décor.
Fin août 2026, une recherche PubMeb sur le titre (uniquement) avec les mots « cannabis » et « cancer » renvoie 402 résultats.
« cannabinoid » et « cancer » : 158
« cannabidiol » et « cancer » : 159
Ces recherches s’étalent sur des décennies. Ces centaines d’études publiées (et même des tests cliniques) représentent des milliers de chercheurs dans le monde.
Si le cannabis ne se résume qu’à des volutes éphémères qui font rire, pourquoi un tel travail de fond ?
La clé : l’influence de cette plante sur nos cellules. Chez l’humain on va même jusqu’à parler de « système endocannabinoïde« .
Ce système repose sur 2 récepteurs CB1 et CB2 que l’on trouve principalement dans le cerveau et le système immunitaire.
Mais ce n’est pas tout. Le cannabidiol (CBD, autre composé de la plante) interagit avec de nombreuses autres protéines (activation, modulation, inhibition).
Les liens avec le cancer sont donc mécaniquement multiples (cela ne signifie pas qu’ils soient tous identifiés).
Nous sommes loin des images aussi vaseuses que caricaturales des fumeurs de joints et autres chamanes baba-cool (qui en plus encrassent leurs poumons).
Il s’agit de biochimie, les 2 pieds fermement ancrés dans le terreau de la science.
La plante Cannabis sativa contient 600 composés chimiques identifiés (dont plus de 150 cannabinoïdes) !
Quand on parle d’effets anticancéreux, il faut voir au-delà de la « cytotoxicité » (le produit tue la cellule). On distingue 4 grands axes : apoptose, anti prolifération, anti-angiogenèse, anti-métastases.
Au passage, c’est quasiment une constante, le cannabidiol (qui n’est pas psychotrope contrairement au THC) bénéficie aussi de propriétés antifongiques et antibactériennes (documentées). C’est le fameux « Janus biologique » dont je parle dans le chapitre 14 de mon livre.
Rappelons d’autres évidences : le cannabis agit aussi comme un analgésique et stimule férocement l’appétit, sans parler des effets relaxants.
Autre propriété importante : antiémétique. Les premières expériences avec du THC comme antivomitif (pour des cancéreux subissant des chimiothérapies) remontent aux années 70.
Exemples : 1975. https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJM197510162931603
1979 : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/517882/
En 2001, le BMJ publie une méta étude (compilant 30 essais cliniques).
Bref, l’utilisation du cannabis dans le cadre du cancer est pertinente, validée scientifiquement et n’a certainement pas encore révélé tout son potentiel.
On ne peut donc que regretter la confusion entretenue avec le monde des drogues récréatives… Il s’agit d’un paravent aussi légal que fumeux pour mettre sous le boisseau les vertus médicinales de la plante.
Le cannabis nous offre un véritable trésor chimique. Big Cancer traîne des pieds.
Comme d’habitude.
cdubuit@onconautes.com
ADDENDUM
Si vous souhaitez aller plus loin, je signale une méta-étude publiée en avril 2025. Sujet ? Les liens entre le cannabis médical et le cancer.
https://doi.org/10.3389/fonc.2025.1490621
Avantage : elle analyse/compile 10 600 articles et études publiés, couvrant près de 40 000 données.
Plusieurs sujets (ou mot-clés) couvrant 3 domaines : indicateurs de santé (anti inflammation par exemple), traitements (nausée, appétit, douleur etc.). Et « dynamiques cancer » (anticancérigène, croissance tumorale, taille tumeurs, rémission etc.).
Les auteurs moulinent ensuite cette masse et notent les corrélations trouvées : opinion favorable, défavorable ou ambiguë.
En clair : cela permet de définir (statistiquement) le « regard » que porte la communauté scientifique (en tout cas celle qui publie) sur le cannabis par rapport au cancer.
Résultat ?
La méta-analyse révèle un consensus significatif en faveur de l’utilisation du cannabis médical dans les domaines de la santé, des traitements et de l’évolution du cancer. La corrélation globale du cannabis sur l’ensemble des sujets liés au cancer indique que le soutien à son utilisation est 31,38 fois supérieur à son opposition. L’analyse met en lumière le potentiel anti-inflammatoire du cannabis, son utilité dans la gestion des symptômes liés au cancer tels que la douleur, les nausées et la perte d’appétit, et explore le consensus concernant son utilisation comme agent anticancéreux.
Conclusion ? Toujours identique, tel un mantra permettant de donner des gages à Big Cancer.
Ces résultats suggèrent la nécessité de poursuivre les recherches afin d’explorer pleinement le potentiel thérapeutique du cannabis et de combler les lacunes dans les connaissances.
Traduction : c’est prometteur mais… il faut continuer à bosser. 😉