Catégories
Sein

Essai clinique cancer sein : radiothérapie inutile…

Commençons par la fin :

« L’irradiation de la paroi thoracique n’a pas entraîné une survie globale supérieure à celle obtenue en l’absence d’irradiation de la paroi thoracique chez les patientes atteintes d’un cancer du sein précoce à risque intermédiaire traitées par mastectomie et thérapie systémique adjuvante contemporaine. »

C’est la conclusion qui pique d’un essai clinique randomisé mené dans plusieurs pays et publié dans le New England Journal of Medicine.

Titre : « Ten-Year Survival after Postmastectomy Chest-Wall Irradiation in Breast Cancer »

Lien : https://www.nejm.org/doi/10.1056/NEJMoa2412225

Cible : femmes avec cancer du sein (stade 3 max), ayant subi mastectomie et chimiothérapie.

Deux groupes créés :

-808 patientes à qui on ajoute une radiothérapie (40 à 50 Gy au total)

-799 patientes groupe contrôle (sans rayonnement ionisant)

Suivi ensuite avec comme mesure principale (primary end point) la survie globale sur 10 ans (durée médiane 9,6 ans).

C’est donc une surprise (pour les partisans des traitements conventionnels) : aucun effet sur la mortalité à 10 ans (81,4 % pour les patientes irradiées, 81,9 % pour les non irradiées) !

Toutefois durant le suivi, on a constaté 9 récurrences dans le groupe irradié (1,1 %) contre 20 dans le groupe contrôle (2,5 %).

Ah, donc la radiothérapie fonctionne d’une certaine manière ! 😉

En réalité : on ne sait pas.

En valeur relative, il y a en effet une différence de moitié (hazard ratio 0,45)… mais en valeur absolue c’est trop faible (car il y a eu trop peu de récidives par rapport aux effectifs des 2 groupes).

(concernant ce problème -majeur- relatif versus absolu, je vous invite à lire mon article ici)

Cet essai clinique souffre d’une insuffisance (de mon point de vue) : la durée de suivi de 10 ans… Il faudra absolument refaire un point dans une décennie supplémentaire afin d’avoir une meilleure vision des récurrences avec leur type/gravité (et là on pourra tirer des conclusions plus solides).

Par ailleurs, il n’évoque pas le coût (pour les malades) de la radiothérapie (tous les effets secondaires et certains très désagréables).

Pour résumer : si la radiothérapie n’a pas d’impact sur la survie, n’empêche pas vraiment les récurrences et par dessus le marché abîme la santé (parfois sur le long terme) en plus de la chimio… alors dans ce cas, la patiente peut prendre une décision libre et éclairée : rayons ou pas ?

Faut-il rappeler que l’un des problèmes de l’oncologie est le «toujours plus » qui confine parfois à la caricature. L’idée selon laquelle, face au cancer, il faut utiliser toutes les différentes munitions (chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie, immunothérapie) et en grand nombre : les fameux protocoles.

Catégories
Sein

Allaiter réduit le risque de cancer du sein : on sait enfin pourquoi

Vous connaissez sans doute l’histoire. Au 18è siècle, des médecins constatent que les nonnes souffrent davantage de cancer de sein que les femmes qui ont des enfants et qui les allaitent.

300 ans plus tard, les données statistiques confirment cette observation.

On vient seulement de comprendre quel était le mécanisme à l’oeuvre (merci à une équipe australienne qui publie ses résultats dans Nature).

Et une fois de plus… quelle surprise !… on revient au système immunitaire.

Allaiter un nouveau-né renforce le système immunitaire adaptatif de la mère et donc cette protection dure dans le temps.

Les auteurs concluent : « Nos résultats révèlent que le remodelage de la glande mammaire associé à la lactation confère une protection durable contre le cancer du sein triple négatif, médiée par les lymphocytes T CD8. »

C’est finalement bête comme chou (dans lequel on fait les enfants, c’est bien connu) ! 😉

Dans la presse :

Figaro : https://sante.lefigaro.fr/social/sante-publique/des-chercheurs-decouvrent-pourquoi-allaiter-son-bebe-protege-du-cancer-du-sein-20251104

Guardian : https://www.theguardian.com/australia-news/2025/oct/21/protective-immune-cells-breastfeeding-guard-against-cancer

-L’étude publiée dans Nature en octobre 2025 : « Parity and lactation induce T cell mediated breast cancer protection »

Lien : https://www.nature.com/articles/s41586-025-09713-5

Catégories
Non classé

Cancer du pancréas : liens avec bactéries et champignons

Une constante émerge : quand on cherche, on trouve.

Appliquée au cancer, cela donne : quand on cherche des micro-organismes, on en trouve ! 😉

Une étude publiée en septembre dans Jama Oncology annonce la couleur : 27 bactéries et champignons dans la bouche sont liée à un risque global 3,5 fois plus élevé pour le cancer du pancréas.

Titre : « Oral Bacterial and Fungal Microbiome and Subsequent Risk for Pancreatic Cancer »

Lien : https://jamanetwork.com/journals/jamaoncology/article-abstract/2839132

L’étude a été menée aux Etats-Unis (sur 2 cohortes épistémiologiques) avec au total 122 000 participants (qui ont fourni un échantillon de salive)… suivis pendant une durée médiane de 8,8 ans (4,9 à 13,4 ans).

445 développèrent un cancer du pancréas. Les scientifiques les ont matchés avec un groupe contrôle de 445. Total donc 890, âge moyen 67,

La présence de 3 bactéries pathogènes (P gingivalis, E nodatum, P micra) augmente le risque.

Pour les champignons, les auteurs notent :

« Le genre Candida a été identifié comme facteur de risque de cancer du pancréas, soulignant ainsi le rôle des champignons buccaux dans la susceptibilité au cancer (risque accru de 1,58 fois, IC à 95 % : 1,05-2,38). Parmi ces champignons, on retrouve Candida tropicalis (risque accru de 1,43 fois, IC à 95 % : 1,00-2,03) et des espèces de Candida non spécifiées (risque accru de 1,34 fois, IC à 95 % : 1,05-1,70). »

C’est fascinant. Il y a bien une corrélation, mais on est toujours incapables d’expliquer le ou les liens de causalité.

La présence de ces micro-organismes dans la bouche est-elle le signe d’un affaiblissement du système immunitaire (ouvrant ainsi grande la porte au développement d’un cancer) ?

Ou ces champignons (avec leur mycotoxines) et bactéries ont-ils un rôle actif dans la cancérogénèse ? Sont-ils des causes ?

Et doit-on faire un distingo entre les 2 types (cause fongique d’un côté, les bactéries n’étant là que de manière opportuniste) ?

On rappelle qu’on les trouve également dans et autour des tumeurs (voir les 2 études publiées dans Cell, en septembre 2022).

Cette étude publiée dans Jama est bien entendu incomplète (impasse totale sur le microbiote intestinal).

Mais le fait est : les indices s’accumulent.

Il est évident qu’il faut creuser la problématique des microbiotes (intestins et bouche) et celle des champignons…. le tout lié avec le système immunitaire.

On finira peut-être par comprendre que le cancer n’est au fond qu’un pas de deux, une danse macabre entre 2 partenaires :

-le système immunitaire

-des micro-organismes pathogènes (virus, bactéries, parasites, champignons), agissant seuls ou en meutes.

Catégories
Non classé

Tumeurs bourgeonnantes : âmes sensibles…

L’expression en anglais me semble plus percutante, et même plus signifiante : « fungating tumors ».

Eh oui, cela ressemble bougrement à un champignon qui explose.

J’en parle dans mon bouquin (en suggérant aux lecteurs d’effectuer une recherche sur Google Images… attention, avoir l’estomac bien accroché).

J’y repense à cause d’un commentaire lu dans un groupe Facebook. L’auteur reprenait la thèse selon laquelle la tumeur serait une enveloppe de protection créée par notre corps afin de « contenir » les cellules cancéreuses.

De les emprisonner !

Cette idée m’a toujours semblé aberrante.

Car on sait que ce qu’il y a autour, le micro environnement tumoral, agit comme une barrière protectrice…. pour la tumeur !

C’est là où le système immunitaire est trompé, voire même manipulé.

Bref, l’idée que les cellules cancéreuses seraient à la fois prisonnières dans la tumeur et libres à l’extérieur de leur prison, ne tient pas vraiment la route.

Autre absurdité : l’angiogénèse. La « prison » faciliterait l’approvisionnement en nutriments… du cancer prisonnier en créant de nouveaux vaisseaux sanguins ?

Et puis j’ai repensé à ces photos choquantes (de tumeurs bourgeonnantes)….

Un mécanisme de « protection », ça ???

Catégories
Non classé

Les vaccins Covid ARNm améliorent-ils l’efficacité des immunothérapies ?

Une étude publiée le 22 octobre dans Nature fait du bruit.

Titre : « SARS-CoV-2 mRNA vaccines sensitize tumours to immune checkpoint blockade. »

Lien : https://www.nature.com/articles/s41586-025-09655-y

Elle montre un lien positif entre l’injection de produits Covid ARNm (Biontech et Moderna) et l’efficacité des immunothérapies du type Inhibiteur de point de contrôle immunitaire, chez des cancéreux.

Conclusion : une survie à 3 ans améliorée.

Diantre ! Cela fait depuis 2021 qu’on lit des horreurs au sujet de ces produits et leurs nombreux effets négatifs (y compris avec le cancer).

Alors que penser de cette étude ?

PREMIER PIEGE

La cohorte est très réduite.

We identified 180 patients who received a COVID mRNA vaccine within 100 days of ICI [Immune checkpoint inhibitors]initiation, and 704 patients who were treated with ICI and did not receive a COVID vaccine »

-sur les 180 : « 81 received 1 dose of COVID-19 mRNA vaccination within 100 days, 98 received 2 doses, and 1 received 3 doses »

SECOND PIEGE

Le résultat étudié ? Three-year overall survival (survie à 3 ans).

Pourquoi pas 5 ?

Ici, le biais (ou la manipulation) est évident… Avec la survie à 5 ans (qui est l’indicateur classique pour le cancer) la comparaison serait beaucoup moins avantageuse puisque ces traitements, en réalité, ne changent pas grand chose (en terme de récurrences et donc de véritable mortalité).

C’est un piège sous-jacent de cette étude. On compare quelque chose à autre chose… mais qui de toute les façons n’est pas très efficace.

Dans le détail, selon les auteurs, la survie médiane passe de 20,6 (sans injection ARNm) à 37,3 mois (avec).

En clair : vous finissez de toutes les façons par passer l’arme à gauche. Mais ça prend un peu plus de temps.

C’est le grand malentendu vis-à-vis du cancer et de tous les traitements qu’on lui applique : le grand public veut entendre « guérir » alors que ce mot n’existe pas dans le monde de Big Cancer…

Big Cancer coupe toujours les cheveux en 4 avec des indicateurs statistiques farfelus qui à la fois font peur (le cancer tue) et à la fois vous donnent un peu d’espoir (il faut bien que l’argent continue de couler).

TROISIEME PIEGE

Les auteurs de l’étude ont procédé à une stupéfiante cuisine statistique. Jugez plutôt :

controlling for 39 covariables with Cox proportional hazards regression, including clinical stage, histology, steroid use, performance status, mutation status, comorbidities and treatment year »

Autant de facteurs hautement subjectifs et possiblement liés à une montagne de biais (et sur une cohorte réduite)… ce qui augmente mécaniquement les risques d’erreurs voire de manipulations.

Nous sommes très, très loin du cas de figure binaire du style on prend des hommes de 50 ans en bonne santé on forme 2 groupes, l’un avec le traitement, l’autre avec un placebo… Ici, on réduirait les biais au maximum (et encore, allez définir précisément ce qu’est la « bonne santé »).

En clair : dans un tel brouillard statistique on peut très facilement pousser les résultats dans un sens. Ou dans l’autre.

On peut les enjoliver.

CONCLUSION

Une extrême prudence s’impose.

On finira sur une pirouette en citant quelques conclusions que les scientifiques adorent utiliser dans leurs articles (quand ils ne sont sûrs de rien) :

Further studies are warranted to confirm these finding. »

These results should be interpreted with caution and require validation in larger, prospective studies. »

-sans oublier le grand classique que vous connaissez tous : « Our findings suggest a potential association, but causal relationships cannot be established. »

Eh oui. N’oubliez jamais : corrélation n’est pas causalité. 😉