La presse britannique titre en gros : la mortalité par cancer du sein a chuté de 41 % entre 1970 et 2023.
« Cela signifie qu’il y a maintenant 30 décès par cancer du sein pour 100 000 personnes au Royaume-Uni, contre 52 pour 100 000 en 1971, selon Cancer Research UK. »
Fichtre !
Allons à la source de ces chiffres. Le graphique d’abord :

Nous avons donc un taux de mortalité pour 100 000 femmes (taux standardisé selon l’âge) avec comme cause de décès le code C50 (cancer sein), par tranche d’âge, de 1971 à 2023.
Il faut regarder la colonne ASR (Age-Standardized Rate) dans le tableau (téléchargeable sur le site). Rappel : pour comparer une population sur un temps long il est essentiel d’utiliser ce traitement statistique car la population vieillit et le cancer est corrélé au vieillissement (des taux bruts seraient donc trompeurs).
Prenons la tranche d’âge 50-64 ans.
En 1971-73 : 84,23. En 2020-21 : 36,68.
Nous obtenons bien une chute de 56 % !
Alors miracle ? Le cancer du sein chez les femmes mûres, c’est (presque) fini ?
Vous vous doutez bien que cela n’est pas si simple.
Ces données peuvent souffrir de très nombreux biais et surtout entraîner de mauvaises interprétations (chatGPT peut vous fournir une liste).
Autre problème : les données avec le C50. Il s’agit d’un système (ICD-10) adopté au Royaume-Uni en 2001. Avant, les codes étaient différents. L’organisme qui a produit ces statistiques a donc converti des données antérieures.
Mais sur le fond, comment coder un décès par cancer ?
Je vous donne un cas réel. Femme diagnostiquée cancer sein en 1999. Métastases osseuses fin 2019. Décédée à son domicile en 2020, à l’âge de 81 ans.
Quel code sera choisi par le médecin qui établit le certificat de décès ? Cancer du sein (C50) ? Cancer des os (C40) ? Un autre code ?
Qu’est-ce qui tue, concrètement, une personne ? Le cancer ? Lequel ? Tumeurs primaires ? Secondaires ? Un arrêt cardiaque provoqué par une surdose d’opiacé ? Les organes qui lâchent ? Une pneumonie foudroyante qui profite d’un organisme ravagé par les chimios et les rayons ionisants ?
Ce problème de définition n’a rien d’anecdotique.
Durant la crise du Covid, le Royaume-Uni a utilisé pas moins de quatorze définitions différentes pour les décès provoqués par le virus (ou liés à icelui…).
Voici quelques exemples de cette créativité médicale : « Covid sous-jacent », « dû au Covid », « impliquant le Covid » et « décédé dans les 28 ou 60 jours suivant un test positif ».
Quelle que soit la cause réelle du décès, si le malheureux avait eu un test positif dans les derniers 28 jours (voire même 60 !)… alors on pouvait le déclarer « mort du Covid ».
Cela vous paraît aberrant aujourd’hui ? Sans doute. Mais pas en 2020.
Difficile d’oublier qu’une chute d’un échaffaudage, des accidents de la circulation et même des fusillades furent aussi classés en « morts du Covid ».
En France, nous avons eu un cas célèbre. Le 21 mars 2020, la Dépêche du Midi annonçait fièrement :
« Coronavirus : un premier décès dans le Tarn-et-Garonne ».
On imagine la joie des journalistes en mode Tour de France et maillot jaune.
En réalité, l’homme (âge non précisé) avait été victime d’une grave chute à son domicile. Traumatisme crânien !
Rétrospectivement, on se pince. Comment avons-nous pu être à ce point crédules ?
Pour en revenir au Royaume-Uni et au crabe, des données récentes (étude de 2025) indiquent pour l’Union Européenne, une baisse de la mortalité du cancer du sein de «30 % depuis 1990 ». Les données britanniques (le tableau évoqué plus haut) montrent une chute de 46,7 % dans le même intervalle.
Il y a semble-t-il chez nos amis outre-Manche une forme d’enthousiasme numérique un peu trop excessif…
Dans un prochain article, et pour rester dans le même thème, nous parlerons du nombre de cas en France (et donc des calculs d’incidence et du piège de leur comparaison sur le temps long ou entre pays différents).
Vous pensez que l’on dénombre chaque nouveau cas de cancer et que tout est dûment enregistré dans une base de données nationale ?
Après tout à l’heure des réseaux, des ordinateurs surpuissants, de l’intelligence artificielle, c’est facile, non ?
Il n’en est rien.
On utilise des registres locaux (quelques uns)… Et ensuite on extrapole. On fait des modèles mathématiques.
Je vous laisse imaginer les fantaisies et autres « licence poétique» qu’un tel système peut engrendrer.
