Catégories
Non classé

Cancer : le vétérinaire qui murmure à l’oreille des chiens

« Il y a des résultats », dit Jean-Yves Gauchet, vétérinaire à Toulouse. Il agite devant la caméra un bidon de Panacur 2,5 % (il s’agit de fenbendazole, l’antiparasite vétérinaire popularisé par Joe Tippens à partir de 2016).

« Un litre, à raison de 5 ou 10 millilitres par jour, il y a de quoi traiter longtemps, et pour pas cher ! », plaisante-t-il.

(à noter que Joe Tippens utilisait la même marque mais en granules. La version liquide 2,5 % contient 25 mg de fenbendazole par millilitre)

Jean-Yves Gauchet explique sa démarche : « Face à un cancer chez un animal on a trois possibilités. En fonction de l’avancement de la maladie, l’euthanasie. Ou alors la médecine conventionnelle (chirurgie, chimio, rayons, immunothérapie). Et au milieu on peut temporiser, on accompagne l’animal tout en essayant quand même de faire au mieux avec ce qu’on a sous la main. Une discussion s’engage avec les propriétaires. Et dans un cadre compassionnel, des traitements alternatifs peuvent être proposés. »

Il utilise ainsi le fenbendazole en association avec l’ivermectine (autre antiparasitaire, bithérapie préconisée par le docteur William Makis à partir de 2024), un corticoïde et même du DMSO (diméthylsulfoxyde, un type de solvant).

« J’essaye de faire pénétrer l’ivermectine avec le DMSO, c’est une option. On envoie localement le remède choisi, qui est dissout et traverse les épidermes avec facilité. Le DMSO est régulièrement utilisé pour des tendinites chez les chevaux, l’innocuité est établie. »

Il temporise : « Je n’ai pas assez de recul, pas assez de cas pour vous dire c’est comme ceci ou comme cela qu’il faut procéder. Mais sur les cinq cas que je gère en ce moment (lymphomes, tumeur à la mâchoire, etc.), c’est plutôt positif. On a déjà gagné quelques mois… »

Il s’agit d’un art comme toute médecine et non pas l’application de protocoles fermement établis. Même si les vétérinaires connaissent et utilisent ces molécules depuis des lustres.

« On part d’abord sur des doses vermifuges pour vérifier que l’animal supporte bien. Et puis on augmente », explique-t-il.

« Avec l’ivermectine, je le fais en injectable. Elle n’a pas d’AMM [autorisation mise sur le marché] pour les chiens et les chats. Elle sert contre les parasites internes et externes chez les chevaux, les cochons. Mais on l’utilise quand même pour les gales sarcoptiques. A noter que certaines races canines comme le berger australien ne supportent pas cette molécule. »

« J’ai un certain recul avec des soins hors AMM mais dans un cadre compassionnel. » Il souligne : « On tâtonne bien sûr, mais ce sont quand mêmes des soins, avec assez peu de produits et en limitant les coûts. »

Il s’agit d’une problématique réelle pour le vétérinaire de quartier qui connaît « les enfants et les petits-enfants » de ses clients. Tout le monde ne peut pas dépenser des milliers d’euros même si certains n’hésitent pas à utiliser leur épargne ou même s’endetter pour aider leur animal malade.

« Je suis sûr que je ne suis pas seul, et au cours de discussions informelles, j’ ai bien compris que bien des vétos font cela cela dans leur coin. Parfois, sous la forme de recette qu’un patron [durant la formation du vétérinaire] aura transmise des décennies auparavant. »

« Prenons le lévamisole par exemple, ça fait longtemps que certains s’en servent contre le cancer, mais on n’en parle jamais. Ca ne coûte rien, on va tenter et on est dans le compassionnel. Mais il n’y a rien dans la littérature puisque c’est hors AMM. Avec des résultats d’ailleurs très mitigés… »

Le lévamisole est un anthelmintique mais d’une classe chimique différente de celle du fenbendazole. Ses propriétés immunostimulatrices furent étudiées dès les années 70.

C’est un point qu’il faut toujours rappeler (je le fais abondamment dans mon livre) : tout ceci n’est pas nouveau.

Nous connaissons les propriétés antitumorales des benzimidazoles carbamates (famille des fenbendazole, mébendazole, albendazole, etc.) depuis un demi-siècle (ciblage des microtubules ce qui induit l’apoptose des cellules cancéreuses mais il y a d’autres mécanismes, lire ici).

Jean-Yves Gauchet exerce dans son cabinet à Toulouse depuis quatre décennies. « En solo », précise-t-il. « C’est un peu l’avantage et le drame du solo : il (ou elle) est libre dans ses choix thérapeutiques, tout en restant seul(e) dans son coin. »

Et le cancer dans sa pratique quotidienne ? « On voit moins de tumeurs mammaires, c’est certain parce qu’on stérilise les femelles, c’est le grand repos hormonal. Je pense que cela joue énormément. Par contre, beaucoup de leucémies et aussi des tumeurs cutanées, y compris bénignes. Et l’on dispose d’ailleurs de solutions efficaces, par exemple pour les mastocytoses avec le Stelfonta, un produit injectable directement dans la tumeur, avec d’excellents résultats. »

Echange-t-il avec des confrères sur ces sujets ? Peu. « On a la tête dans le guidon, pas trop le temps de papillonner. »

Au niveau de la communication professionnelle, « il y a bien sûr des réunions mais elles sont organisées par des labos, avec en filigrane des informations commerciales… Ou alors des conférences quant à l’état de l’art sur tel ou tel sujet, avec des spécialistes reconnus, mais souvent cela nous dépasse un peu. C’est plutôt pour les cliniques avec de gros moyens. Personnellement je n’y vais pas trop », confie-t-il.

Jean-Yves Gauchet, âgé de 77 ans, trouve toujours le temps d’écrire de nombreux articles sur Effervesciences, son remarquable blog scientifique : https://effervesciences.info.

Le vétérinaire explore des sujets très éclectiques et montre une curiosité encyclopédique.

On trouve aussi bien la bioluminescence chez certains champignons, les infrasons des éoliennes, l’art de déchiffrer les statistiques sur le cancer, l’évolution du microbiome avec l’âge, Moïse sauvé des eaux dans les mythologies antiques, le microbiome cérébral des poissons, l’hydrogène vert et la géopolitique de l’eau, ou encore les vocalisations ultrasoniques des souris et des questions aussi existentielles que : Pourquoi la bière mousse-t-elle moins quand on penche le verre ? 😉

« Grâce à Effervesciences, j’ai toujours mis mes doigts un peu partout, y compris sur des sujets qui chauffent, donc le cancer parmi d’autres », explique-t-il.

Il se passionne également pour les amers (extraits des plantes, comme par exemple le houblon, la gentiane, la quinine ou encore la berbérine).

Il veut les utiliser en dermatologie et créer ainsi une « amérothérapie » dédiée aux animaux, mais également aux humains.

(pour plus de détails : https://theraps.fr/un-amer-universel-pour-soigner-de-multiples-pathologies)

Les amers occupent une place de choix et historique dans les pharmacopées du monde entier. « Il y a encore dix ans, on pensait que les substances amères n’étaient ressenties que dans la muqueuse buccale, avec un rôle d’alerte contre des toxiques , comme les alcaloïdes. En fait, ces récepteurs d’amertume, nous et les animaux, en avons plein le corps où ils jouent un rôle de régulation… C’est passionnant, on est au tout début d’une nouvelle phytothérapie pleine de promesses. »

La vie professionnelle de Jean-Yves Gauchet est donc parcourue par ce fil d’Ariane si important pour la médecine et la recherche scientifique : la curiosité et l’ouverture d’esprit.

Bien loin des dogmes et des anathèmes.

Face à ses animaux malades, Jean-Yves Gauchet est bien un onconaute.


APPEL AUX VETOS

Que vous exerciez en France ou ailleurs et si, comme Jean-Yves Gauchet, vous explorez des pistes thérapeutiques alternatives pour soulager des animaux cancéreux, n’hésitez pas à témoigner.

Pour me contacter : cdubuit@onconautes.com

Catégories
Non classé

Rançon du succès : explosion de la fraude

Les arnaques en ligne sont nombreuses, pénibles. Mais quand elles visent des malades, des gens qui souffrent, qui ont peur, alors elles deviennent odieuses.

Le cancer n’échappe pas à cette règle universelle de la saloperie humaine.

Prenons deux cas emblématiques pour illustrer ce phénomène.

Joe Tippens (l’Américain qui ne veut toujours pas mourir, voir chapitre 17 de mon livre) et le docteur William Makis.

Le premier a popularisé le fenbendazole, le benzimidazole vétérinaire, en 2016 (contre son cancer des poumons métastasé), via deux canaux (et seulement deux) :

-son blog : https://mycancerstory.rocks/

-son groupe Facebook (64 000 membres) : https://www.facebook.com/groups/mycancerstoryrocks/

Tout le reste est frauduleux.

On tombe de sa chaise quand on voit un faux compte X créé en octobre 2024, utilisant son nom et sa photo et postant des vidéos (réalisées par IA) : https://x.com/JoeTippen.

Un compte avec 86 000 followers !

Ici le but de l’entourloupe est clair : vendre les médicaments du protocole… mais élargi. Une véritable pharmacie : fenbendazole, ivermectine, mébendazole, vitamine B17, bleu de méthylène, etc.

Tout le Who’s who comme disait Audiard.

Le fraudeur n’accepte que les paiments en cryptomonnaies (et pour cause).

Quant au docteur William Makis (vivant au Canada), là on passe au stade industriel.

Répétons-le, il n’utilise que quatre moyens de communication :

-un compte X : https://x.com/MakisMedicine

-un compte Substack : makisw.substack.com

-une adresse email : info@makisw.com

-une chaîne Youtube : https://www.youtube.com/@makisw (qu’il commence tout juste à utiliser)

Makis compte pas moins de 632 000 followers sur X (pour son portrait, lire mon article ici).

Il jouit d’une surface médiatique bien plus large que celle de Joe Tippens… donc les fraudeurs s’adaptent, se mettent à l’échelle !

Sur Facebook, on dénombre ainsi une centaine de profils frauduleux reprenant le nom, les photos et le contenu publié par -le vrai- Makis.

L’un de ces faux comptes totalise 42 000 abonnés ! Et se paye même le luxe de proposer un compte de secours (avec 8 000 abonnés). Il fait également la promotion d’un site web pour vendre des produits ainsi que des consultations en ligne.

L’une des tactiques classiques pour tromper les lecteurs (et futurs clients) consiste à indiquer une adresse e-mail visuellement proche.

A l’époque, l’adresse officielle de Makis était :

makisw79@yahoo.com

Ce fraudeur a donc créé :

markisw79@yahoo.com

En lisant vite, ça semble identique (alors que lettre « r » ajoutée).

Une autre crapule avec 19 000 followers emploie la même technique :

Son adresse de courrier électronique : info@makisws.com

Ici, un « s » a été ajouté à la fin.

Méfiez-vous. L’arnaque est simple mais fonctionne très bien (la véritable adresse est : info@makisw.com)

Enfin, soulignons une autre méthode utilisée par les fraudeurs, moins visible et pourtant très efficace : la pêche aux poissons.

Des profils sur Facebook ou X qui semblent légitimes, parfois avec des titres (docteur, « nurse » etc.), et qui interviennent dans les nombreux groupes consacrés au cancer.

Ils postent des messages, écrivent par exemple qu’ils ont acheté leurs médicaments sur tel ou tel site ou chez tel ou tel praticien.

C’est du rabattage, lourdingue et grossier mais parfois réalisé de manière assez fine. Là encore, le but est de vous piéger sur des sites commerciaux.

Face à ces individus, vérifiez toujours la date de création de leur compte (une première indication) et le contenu de leurs messages précédents (trop de répétitions les trahit).

Attention : par définition, les fraudeurs changent EN PERMANENCE et s’adaptent. Si un compte est fermé, un autre voit le jour derrière.

En attendant, les plateformes qui étaient si rapides pour censurer tel ou tel contenu politiquement incorrect (on se souvient de la Terreur durant le Covid) montrent une étonnante apathie.

Les gens de Meta doivent bien savoir que Makis ne dispose pas de compte Facebook et que donc tous les comptes qui utilisent son nom et sa photo sont frauduleux. Même une IA de base pourrait faire une telle inférence.

On attend toujours un grand ménage.

Pour finir, nous devons aborder un angle encore plus sinistre : la fraude pour salir, pour discréditer, pour provoquer le chaos informationnel, pour perdre les gens dans un labyrinthe de doutes et de mensonges.

Un homme comme William Makis avec son demi million d’abonnés X, ses liens avec le surgeon general de l’état de Floride ou encore l’épouse du gouverneur (financement de programmes autour du cancer et de l’ivermectine), ses interview et surtout ses centaines de témoignages de cancéreux qui osent prendre du mébendazole/fenbendazole avec de l’ivermectine et dont l’état s’améliore… forcément… tout ceci le transforme en cible.

On ne s’attaque pas impunément à Big Cancer.

Makis affirme ainsi que les autorités de l’Alberta le harcèlent et créent des faux comptes sur les réseaux sociaux pour le discréditer.

Les machines qui produisent des centaines de fausses vidéos (par IA) sur Youtube singeant certains commentateurs politiques (on pense à l’ancien ministre grec des Finances, ou encore le géopoliticien américain John mearsheimer sans oublier le Français Emmanuel Todd)sont bien réelles (lire à ce sujet l’article de France Info).

Ces « psyops » existent et se multiplient.

Il n’y a aucune raison de penser que Big Cancer n’utiliserait pas de telles méthodes face à une menace existentielle.

Donc, amis onconautes, soyez vigilants. Sur vos gardes. A l’affût.

La connaissance (ou la vérité si vous préférez) a toujours un coût.

Personnel et collectif.

Catégories
Livres

Livre : no more tears, the dark secrets of Johnson & Johnson

Le cancer vous ronge, vous ou un membre de votre famille ? Vous ne pouvez pas totalement comprendre ce qui vous arrive si vous n’étudiez pas le système dans lequel vous venez de pénétrer (et son histoire, politique, institutionnelle, réglementaire, j’y reviendrai dans un prochain article).

Il y a d’un côté le médical, la science (vous êtes dedans) mais de l’autre l’organisation, le système qui gère tout cela, qui en vit.

C’est un tout.

Ignorer un aspect c’est choisir de rester borgne.

J’ai nommé ce système Big Cancer. C’est une filiale très importante de Big Pharma.

Comment le définir ? Puissance et corruption.

Dans mon propre livre, j’ai donné une méthode pour mieux cerner cet état dans les états : parmi les nombreux ouvrages qui décrivent la corruption de Big Pharma, il suffit de procéder à un carottage temporel : sélectionnez 3 titres, couvrant la fin des années 90, les années 2010 et 2020.

C’est bête comme chou mais ça marche.

Aujourd’hui, je vous présente un livre important mais qui se concentre sur une seule société : Johnson & Johnson, le géant américain fondé en 1886.

Basée dans le New Jersey, la société fabriquait au début des compresses chirurgicales puis des pansements.

J & J est devenue la plus grande société pharmaceutique du monde (en terme de chiffre d’affaires). Elle compte 138 000 employés.

Vous connaissez son fameux talc pour les bébés (lancé en 1894 !) voire ses savons et shampoings (pour bébés aussi) ou encore le Tylenol (l’équivalent américain de notre Doliprane).

J & J est une icône, ni plus ni moins. Une icône marketing, graphique même (avec sa fameuse police de caractères et sa couleur rouge) et qui fait partie de l’american way of life.

Une société qui inspire confiance.

L’auteur, Gardiner Harris, est un journaliste scientifique qui a travaillé entre autres pour le New York Times, le Wall Street Journal. C’est carré. A l’américaine : une enquête poussée, une documentation bétonnée, une écriture soignée. Bref, du travail de professionnel. La preuve : il fut finaliste pour le prix Pulitzer.

Une précision qui me semble importante : le cercle rouge qui figure sur le haut de la couverture contient 3 mots… « Tromperie, corruption, mort ».

Car oui, cela décrit bien le programme !

Je ne vais pas évoquer le scandale du talc contaminé (avec de l’amiante). Mais plutôt me concentrer sur 2 chapitres : les opiacés et l’EPO (érythropoïétine).

On connaît le scandale des opiacés (avec l’OxyContin, commercialisé par Purdue en 1995). Mais ce que vous ne savez pas est que J & J était partie prenante et même en avance.

D’abord, avec son propre antidouleur à base de fentanyl (le Duragesic, autorisé par la FDA en août 1990)… Un système de patch (transdermique), 75 fois plus puissant que la morphine. Le dosage n’était pas précis. Il y a eu des morts.

Ce médicament était d’abord réservé aux douleurs intenses (cancers, etc.). Suivant le marketing de Purdue (avec son OxyContin) J & J a ensuite élargi l’utilisation du produit aux « douleurs chroniques ».

J & J possède des plantations de pavot en Tasmanie (Australie) depuis le milieu des années 70 pour fournir la matière première à son Tylenol codéiné (et autres opiacés médicaux).

J & J comprend vite que l’OxyContin représente un gros potentiel. A la demande de Purdue, J & J va alors développer une variété spéciale de pavot (« Norman ») permettant de maximiser la production de la molécule principale utilisée dans l’oxycodone (OxyContin): la thébaïne.

En 1996, les fermiers en Tasmanie plantent 500 hectares de ce pavot génétiquement modifié. Un chiffre qui augmentera de 50 à 100 % chaque année après. Entre 1993 et 2000, la surface totale triple ! Les fermiers font fortune et conduisent des Mercedes importées.

Si Purdue incarne la face commerciale de ce désastre de santé publique, J & J est de facto le fabricant derrière. Le boss : Don J & J. Et il en a financièrement largement profité.

Aux Etats-Unis, J & J finit ainsi par fournir 65 % de tout l’oxycodone, 54 % de l’hydrocodone, 60 % de la codéine et 60 % de la morphine (utilisés dans le pays) !

David Kessler, un ancien patron de la FDA, déclara que sans les efforts extraordinaires de J & J en Tasmanie, les Etats-Unis n’auraient pas connu l’explosion des opiacés sur ordonnances.

Passons à l’EPO.

Il s’agit d’une forme synthétique d’une hormone qui stimule la fabrication des globules rouges.

La FDA autorise sa vente en 1988. Les sociétés Amgen (marque Epogen)et J & J (marque Epocrit) se partagent ce marché, d’abord focalisé sur les dialyses (les dialyses détruisent des globules rouges ce qui entraîne des besoins en transfusions, l’EPO était vue comme une solution pour réduire ces besoins).

J & J a ensuite une idée géniale : les cancers. Les traitements (chimios, rayons) provoquent des anémies. Solution ? EPO ! Un essai clinique ridicule avec 131 patients est monté afin d’obtenir le feu vert de la FDA. L’essai est concluant : les cancéreux avec de l’EPO ont moins besoin de transfusions sanguines. Fermez le ban et ouvrez les comptes bancaires.

Pourtant, dès le début, des chercheurs s’aperçoivent que l’EPO agit comme un engrais sur des cellules cancéreuses. Un accélérateur de tumeurs.

En 1989, le magazine Fortune déclare l’EPO « produit de l’année ». Pourtant, les risques cardiaques et de croissance tumorale sont déjà identifiés.

Suit un long jeu de cache-cache. J & J devait fournir des résultats d’autres études… Les années passent. Aucune donnée. Puis, il y a des évolutions réglementaires sur la manière de rembourser les médicaments aux Etats-Unis, provoquant une explosion financière. Des sommes importantes partagées avec les médecins prescripteurs. Sans oublier de nombreuses pratiques pour contourner les réglementations en vigueur.

Il est ainsi interdit de donner du cash aux médecins. Mais J & J leur donne des échantillons « gratuits » qui sont ensuite facturés aux malades (et donc aux assurances et à Medicare dans le cas des hôpitaux) !

J & J augmente également la quantité de produit par fiole pour compenser les « pertes » (alors qu’en réalité, les hôpitaux utilisent ces quantités et les vendent !)

Tout un système se met en place. Une machine de guerre.

En 1998, l’Epocrit devient le produit le plus profitable de toute l’histoire de J & J.

En 2001, il pèse 10,4 % de son chiffre d’affaires total !

La société ment délibérement dans des messages publicitaires. La FDA proteste, impose des amendes. Mais J & J continue de diffuser ses pubs pendant des mois. Le mal est fait. Cynisme.

En octobre 2023, une étude publié dans le Lancet choque par sa conclusion : l’EPO tue des cancéreux !

En 2016, les ventes aux Etats-Unis s’élevaient encore à 1,1 milliard. En 2021, 479 millions. Seuls quelques cancérologues perdus dans la campagne américaine prescrivent encore de l’Epocrit à des malades du cancer.

Voici la conclusion de l’auteur : « Le désastre de l’EPO dépasse à bien des égards celui des opioïdes sur ordonnance.

Si les deux ont coûté la vie à un nombre similaire de personnes, les fabricants d’opioïdes n’ont jamais entraîné autant de médecins et d’institutions médicales prestigieuses dans une criminalité aussi flagrante et systématisée, les poussant ainsi à la complicité, en toute connaissance de cause et avec avidité.

Les opioïdes soulagent la douleur comme aucun autre médicament ne peut le faire, permettant aux patients de bénéficier d’un traitement. En revanche, les transfusions sanguines étant bien plus sûres et efficaces, l’EPO n’offre à la quasi-totalité des patients que des blessures et la mort.

Et comme l’EPO est beaucoup plus chère que n’importe quel opioïde, l’ampleur du détournement des fonds publics, des assurances et de l’argent des patients est considérablement plus importante. »

Je vous avais dit que c’était du lourd.

J’arrête là. Impossible de résumer tout le livre. C’est passionnant, édifiant, hallucinant même (quant au monde corporate et au système médical et réglementaire américain).

Et surtout cela fait peur.

Le cancer nous effraie tous. La peur paralyse et stimule à la fois. Vous devez aller jusqu’au bout de cette peur, et pas seulement celle de la maladie. Mais aussi la peur provoquée par les sociétés, les institutions et les professionnels qui prétendent vous aider.

L’exercice est difficile mais sain.

La connaissance est une forme de catharsis.

No more tears, the dark secrets of Johnson & Johnson, Gardiner Harris (Random House, avril 2025). Hélas, pas encore de traduction française.

L’expression « no more tears » du titre est bien entendu un clin d’oeil (sombre) au slogan publicitaire utilisé par J & J pour ses shampoings pour bébés (« ne pique pas les yeux »).

Catégories
Non classé

Additifs alimentaires : un autre regard sur le nitrite de sodium (E250)?

Vous avez sans doute entendu parler de la vaste étude française publiée dans le British Medical Journal début janvier.

« Intake of food additive preservatives and incidence of cancer: results from the NutriNet-Santé prospective cohort »

Lien : https://www.bmj.com/content/392/bmj-2025-084917

Large cohorte, plus de 100 000 personnes suivies de 2009 à 2023, interrogées périodiquement via formulaires sur leur consommation alimentaire.

(lire la présentation de l’étude faite par l’Inserm)

Je ne vais pas détailler tous les résultats car je me méfie de ces études très synthétiques (multiples biais et pièges statistiques).

Concentrons-nous sur la plus forte « relation positive » entre un additif (le nitrite de sodium surnommé E250) et le cancer de la prostate : augmentation du risque de 32 % selon les auteurs.

On utilise le E250 dans la charcuterie, les viandes industrielles pour ses propriétés antibactériennes (donc de conservation).

Des liens avec le cancer ont été établis indirectement via les nitrosamines (substances cancérigènes et mutagènes) qui se forment durant la digestion ou la cuisson d’aliments contenant du nitrite de sodium.

Tout ceci demeure assez vague car il est difficile de doser précisément ces sous-produits dans le corps humains et les différences individuelles sont importantes (métabolisme, interactions avec d’autres molécules comme par exemple l’acide ascorbique qui réduit les nitrosamines, etc.).

Bref, au fil d’études on se borne à établir telle ou telle corrélation, plus ou moins franche.

Et si on faisait fausse route ? Car le mécanisme principal du E250 est bien antibactérien.

Il n’est pas sélectif, il pourrait donc réduire la population de bonnes bactéries dans le microbiote intestinal comme par exemple les Bifidobacterium… ce qui affecterait ensuite le système immunitaire.

Consommation chronique de ces aliments, appauvrissement du microbiote intestinal, affaiblissement des défenses naturelles et en bout de course davantage de cancers qui se développent.

Catégories
Non classé

Jane McLelland ouvre son site Substack

Jane McLelland vient de lancer son site Substack.

Lien : https://substack.com/@howtostarvecancer

Cet outil s’ajoute au groupe Facebook qu’elle anime (110 000 membres).

Lien : https://www.facebook.com/groups/off.label.drugsforcancer

Jane McLelland, kinésithérapeute anglaise, est une pionnière du repositionnement des médicaments.

En 1994, elle subit un cancer agressif du col de l’utérus en 1994 puis une récurrence aux poumons en 1999. Et enfin en 2003, une myélodysplasie (forme de cancer du sang) provoquée par les traitements.

Il faut noter qu’à l’époque, elle endure la Trinité Infernale : hystérectomie, chimios, rayons.

Elle a ensuite écrit Affamer le cancer: L’alimentation et les médicaments qui affaiblissent les cellules cancéreuses mais pas les saines (traduction française, 2023, Éditions Thierry Souccar).

Son approche ? Métabolique et intégrative avec plusieurs molécules (metformine, statines, étodolac, etc.) et des compléments (quercétine, berbérine, etc.).

L’idée directrice consiste à couper/réduire les différentes lignes d’approvisionnement des tumeurs (d’où le verbe « affamer »).

Rappelons que dans les années 1990, début 2000, c’était presque de la science fiction. Jane était seule, littéralement.

Il ne s’agit donc pas d’un travail théorique mais bien d’une expérience personnelle, les mains dans la cambouis et qui s’est élargie ensuite (au gré des études scientifiques et de ses propres recherches).

Depuis, de nombreux malades ont utilisé son protocole et son travail a incontestablement irrigué la théorie métabolique du cancer (voir le professeur Thomas N. Seyfried).

Aujourd’hui âgée de 62 ans, Jane McLelland est la preuve -vivante- qu’il est possible de lutter avec succès contre le cancer avec des armes non conventionnelles.