
Vous connaissez la base : les cellules cancéreuses utilisent un système énergétique anormal (la glycolyse avec oxygène).
C’est ce qu’on appelle l’effet Warburg.
Les cellules cancéreuses « cavalent » et se gavent de glucose ce qui permet de les voir au PET scanner.
Cette règle biologique a donné naissance à la théorie métabolique du cancer (avec comme cause : un dysfonctionnement des mitochondries, les centrales énergétiques de nos cellules).
Mais il y a une… fâcheuse exception.
Le cancer de la prostate.
Dans la prostate, les cellules cancéreuses se conduisent différemment… Voilà pourquoi on utilise une autre forme de PET scanner pour les détecter.
Mark Lintern a choisi de faire levier précisément à cet endroit (point faible).
L’auteur de The cancer resolution (livre remarquable traduit chez Marco Pietteur) vient de publier un article dans lequel il :
-démolit la théorie métabolique (avec le dysfonctionnement des mitochondries comme cause)
-analyse l’exception des cellules prostatiques à travers le tamis de sa propre théorie (infection causée par un ou des micro-organismes pathogènes).
Partie 1 : https://marklinterncst.substack.com/p/prostate-cancer-a-new-explanation
Partie 2 : https://marklinterncst.substack.com/p/prostate-cancer-a-new-explanation-ffe
Voici les grandes lignes :
-les cellules épithéliales normales de la prostates ont un métabolisme spécial (rappel : 85 % des cancers se développent dans les cellules de ce type. Définition : « les cellules épithéliales forment des barrières protectrices et tapissent les surfaces du corps, comme la peau et les organes internes »).
-pour produire leur énergie, elles utilisent le circuit classique (ATP) mais plus court.
-le citrate n’est pas converti en isocitrate, il est éjecté de la cellule (car il est utilisé pour produire le liquide séminal)
-et c’est le zinc qui est responsable de cela (de hauts niveaux de zinc sont importés dans les cellules prostatiques. Le zinc inhibe l’enzyme aconitase qui convertit le citrate en isocitrate).
Que se passe-t-il quand le cancer commence à se développer dans la prostate ?
-étrangement, les niveaux intracellulaires de zinc chutent !
-l’oxydation des lipides devient la principale source d’ATP (l’énergie)
-la fameuse glycolyse est alors réduite (au lieu d’être augmentée, comme dans les autres cancers)
-c’est seulement à un stade avancé de la maladie que la glycolyse reprend ses droits (sans oublier la glutamine qui est une autre source de carburant). A ce moment, on peut utiliser le PET scanner classique
Pour synthétiser : les mitochondries ne paraissent pas défectueuses (ce qui met à mal la théorie métabolique).
A ce jour, personne n’est capable d’expliquer ce phénomène et la spécificité de la prostate.
Lintern revient sur le zinc et pose la question essentielle : pourquoi le niveau de zinc chute ?
Il fait alors le parallèle avec le fer.
Nos cellules sont si bien organisées (on dirait si « intelligentes ») que lorsque il y a inflammation (provoquée par une infection), elles réduisent la disponibilité du fer car cet élément agit comme un carburant pour les pathogènes.
Il s’agit donc d’une réaction de défense.
Dans les infections chroniques, on parle d’anémie inflammatoire.
La baisse du zinc traduirait-elle une réaction similaire ? Car le zinc est également important pour la virulence des pathogènes.
Des études confirment cette intuition (dans le cas de prostatite qui est une infection bactérienne).
Lire : Changes in seminal fluid zinc during experimental prostatitis (1993)
Pour résumer : cela confirme la présence de pathogènes. La baisse du zinc est une défense.
A cette aune, le métabolisme des cellules cancéreuses dans la prostate n’apparaît plus comme une anomalie, mais simplement comme une réponse de défense adaptée au contexte, et à la présence d’un ou plusieurs pathogène (cellules fongiques selon Lintern).
Ce travail est bien entendu théorique. Mais il a le le mérite d’être élégant, simple et surtout de résoudre d’apparents paradoxes.
