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Cancer de la prostate : remettons le sexe au milieu

Poterie grecque, 5è siècle avant notre ère. Désolé, mais vous n’avez rien inventé 😉

Mes excuses pour le titre légèrement racoleur bien que techniquement valide.

Quelle est la fonction de la prostate, organe situé sous la vessie de l’homme ? Produire le fluide (prostatique donc) qui va liquéfier et nourrir les spermatozoïdes (lesquels sont fabriqués par les testicules) formant ainsi le sperme.

Tout est clair ?

Premier bug : la prostate n’est pas stérile. Il y a des micro-organismes à l’intérieur mais surtout autour. La prostate est liée à l’urètre et donc au pénis. D’où le titre : l’activité sexuelle masculine est liée, physiquement, à la prostate.

C’est un une continuité. Un tout.

J’ai lu récemment un article pointant des associations (positives ou négatives) entre activité sexuelle et cancer de la prostate.

Titre : « Cancer de la prostate : un nombre élevé de partenaires aurait un effet protecteur » (lien)

« Lorsqu’un homme a fréquenté plus de 20 femmes dans sa vie, son risque de développer un cancer de la prostate est réduit de 28 %« 

L’article poursuit : « En revanche, un homme qui a connu plus de 20 partenaires masculins dans sa vie connait un risque deux fois plus grand de souffrir d’un cancer de la prostate par rapport à ceux qui n’en ont fréquenté aucun.« 

Je ne vais pas vous fatiguer à détailler les études sur ce sujet. Sachez qu’il y en a plusieurs et qu’elles parviennent à des conclusions parfois contradictoires.

En gros, c’est flou.

Aucune surprise ; tout ce qui touche à l’intimité n’est pas fiable d’un point de vue statistique.

Le sexe est intime, par définition. Nous n’avons pas encore installé -et heureusement- des caméras et des capteurs dans nos caleçons et nos chambres à coucher.

Tout le monde comprendra donc que les chiffres sont au mieux approximatifs voire franchement loufoques (et ne parlons même pas des biais, etc.)

Par ailleurs, un rapport sexuel avec 20 femmes ou hommes d’un soir avec préservatif n’a aucun rapport, c’est le cas de le dire, avec des relations multiples non protégées avec 20 partenaires sur des périodes de temps longues.

Enfin, il est difficile de comparer les pratiques sexuelles entre elles. Une pénétration vaginale n’est pas « égale » à une pénétration anale.

Bref, ces études sont intrinsèquement fragiles.

Mais passons outre et effectuons un travail d’imagination.

Le sexe est une voie royale pour les micro-organismes qu’ils soient pathogènes ou non. Car c’est une constante, un absolu biologique même : hommes et femmes copulent depuis la nuit des temps. Aucune religion, ni idéologie ni convention sociale n’a jamais pu supprimer cette nécessité vitale.

Bref, d’un point de vue évolutionniste, cette voie est parfaite pour un germe qui chercherait à pénétrer, littéralement, un organisme sain, se multiplier et ensuite contaminer d’autres hôtes.

Le sexe est ainsi le moyen de la survie (pour eux comme pour nous).

Voilà pourquoi de redoutables bactéries, virus, parasites et autres champignons (syphilis, herpès génital, Chlamydia, papillomavirus humain, gonorrhée, hépatite B, VIH, trichomonase, mycose génitale, etc.) se transmettent par voie sexuelle.

Pas parce que c’est ludique mais parce que c’est foutrement efficace. 😉

Lors d’un rapport sexuel d’autres micro-organismes en profitent et sautent dans le wagon.

Et si plusieurs partenaires au long cours (rapports vaginaux non protégés répétés) permettaient d’enrichir les microbiotes ? Celui de la vessie et celui de la prostate ?

Entraînant ainsi une stimulation à bas bruit, mais longue, du système immunitaire et donc des défenses anti-tumorales ?

A l’inverse, des rapports anaux non protégés, exposeraient le donneur à des microbiotes disons davantage pathogènes ?

Pas de malentendu : aucun jugement moral ici.

L’article avance l’idée de la stimulation mécanique de la prostate (lors de la sodomie) qui entraînerait des lésions, lesquelles expliqueraient la hausse du risque. Cela semble extrême.

Augmentons encore la focale. Les microbiotes sont par essence des équilibres.

Prenons Candida Albicans par exemple. Il vit en chacun de nous.

Tant que d’autres micro-organismes le tiennent en respect, tout va bien. Mais parfois, il devient envahissant et donc pathogène (la nature ayant horreur du vide selon l’expression consacrée).

On parle alors -plus généralement- de dysbiose.

Déséquilibre.

Bref. Rappelons cette évidence : tout rapport sexuel génère une grande foire aux micro-organismes.

Et au lieu de réinventer la roue tout en constatant des corrélations, nous devrions sans doute nous concentrer là-dessus.

Je me souviens d’une étude publiée en 2025 explorant le microbiote oral chez de jeunes mariés (durant les 6 premiers mois).

Les baisers profonds menaient à une forme d’égalisation des microbiotes oraux chez les tourteraux ainsi qu’à une égalisation de leur humeur (anxiété, dépression, insomnie, etc.).

Est-ce si extravagant ?

Le couple représente comme un partage de terrain. Les 2 partenaires y apportent leurs propres semences, leurs propres engrais, en mélangeant le tout.

Soyons lucides : que ce soit par la bouche, le vagin ou l’anus (sans oublier la peau, autre organe souvent oublié), tout contact sexuel prolongé entre 2 individus entraîne l’échange d’une multitude de germes.

Ces échanges peuvent bien sûr être négatifs (une bonne petite chaude-pisse ou une syphilis carabinée)… Mais pourquoi pas positifs chez l’homme au regard de sa prostate ?

Cette hypothèse, physiquement logique (l’urètre est une porte d’entrée vers la prostate) permettrait d’expliquer -simplement- les corrélations détectées entre activité sexuelle et cancer.

Résumons :

-certitude 1 : le cancer est lié au système immunitaire

-certitude 2 : les microbiotes sont liés au système immunitaire (positivement et négativement)

-certitude 3 : tout rapport sexuel entraîne un échange de micro-organismes entre les 2 partenaires : un bouillon de culture

-hypothèse 1 : certains micro-organismes échangés pourraient avoir un effet protecteur contre les tumeurs (via la stimulation du système immunitaire ou via le rétablissement de l’équilibre des microbiotes redonnant ainsi au système immunitaire sa plénitude fonctionnelle)

-hypothèse 2 : et si les Grecs anciens avaient tout compris avec leur mithridatisation ?

Trop de pathogènes de la même espèce récoltés durant un seul rapport provoquent une maladie.

Mais seulement quelques germes, d’espèce différentes, innoculés de manière répétée… renforceraient au contraire les défenses naturelles, réduisant ainsi, par ricochet, le risque cancéreux dans la prostate ?

PS : concernant la prostate et donc le fameux test PSA, je vous rappelle le livre -essentiel- du découvreur de cette protéine. The great prostate hoax : How Big Medicine Hijacked the PSA Test and Caused a Public Health Disaster.

Fiche de lecture ici : https://onconautes.com/2025/09/13/livre-the-great-prostate-hoax/

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Cancer de la prostate : le moment « eurêka »

Mark Lintern

Vous connaissez la base : les cellules cancéreuses utilisent un système énergétique anormal (la glycolyse avec oxygène).

C’est ce qu’on appelle l’effet Warburg.

Les cellules cancéreuses « cavalent » et se gavent de glucose ce qui permet de les voir au PET scanner.

Cette règle biologique a donné naissance à la théorie métabolique du cancer (avec comme cause : un dysfonctionnement des mitochondries, les centrales énergétiques de nos cellules).

Mais il y a une… fâcheuse exception.

Le cancer de la prostate.

Dans la prostate, les cellules cancéreuses se conduisent différemment… Voilà pourquoi on utilise une autre forme de PET scanner pour les détecter.

Mark Lintern a choisi de faire levier précisément à cet endroit (point faible).

L’auteur de The cancer resolution (livre remarquable traduit chez Marco Pietteur) vient de publier un article dans lequel il :

-démolit la théorie métabolique (avec le dysfonctionnement des mitochondries comme cause)

-analyse l’exception des cellules prostatiques à travers le tamis de sa propre théorie (infection causée par un ou des micro-organismes pathogènes).

Partie 1 : https://marklinterncst.substack.com/p/prostate-cancer-a-new-explanation

Partie 2 : https://marklinterncst.substack.com/p/prostate-cancer-a-new-explanation-ffe

Voici les grandes lignes :

-les cellules épithéliales normales de la prostates ont un métabolisme spécial (rappel : 85 % des cancers se développent dans les cellules de ce type. Définition : « les cellules épithéliales forment des barrières protectrices et tapissent les surfaces du corps, comme la peau et les organes internes »).

-pour produire leur énergie, elles utilisent le circuit classique (ATP) mais plus court.

-le citrate n’est pas converti en isocitrate, il est éjecté de la cellule (car il est utilisé pour produire le liquide séminal)

-et c’est le zinc qui est responsable de cela (de hauts niveaux de zinc sont importés dans les cellules prostatiques. Le zinc inhibe l’enzyme aconitase qui convertit le citrate en isocitrate).

Que se passe-t-il quand le cancer commence à se développer dans la prostate ?

-étrangement, les niveaux intracellulaires de zinc chutent !

-l’oxydation des lipides devient la principale source d’ATP (l’énergie)

-la fameuse glycolyse est alors réduite (au lieu d’être augmentée, comme dans les autres cancers)

-c’est seulement à un stade avancé de la maladie que la glycolyse reprend ses droits (sans oublier la glutamine qui est une autre source de carburant). A ce moment, on peut utiliser le PET scanner classique

Pour synthétiser : les mitochondries ne paraissent pas défectueuses (ce qui met à mal la théorie métabolique).

A ce jour, personne n’est capable d’expliquer ce phénomène et la spécificité de la prostate.

Lintern revient sur le zinc et pose la question essentielle : pourquoi le niveau de zinc chute ?

Il fait alors le parallèle avec le fer.

Nos cellules sont si bien organisées (on dirait si « intelligentes ») que lorsque il y a inflammation (provoquée par une infection), elles réduisent la disponibilité du fer car cet élément agit comme un carburant pour les pathogènes.

Il s’agit donc d’une réaction de défense.

Dans les infections chroniques, on parle d’anémie inflammatoire.

La baisse du zinc traduirait-elle une réaction similaire ? Car le zinc est également important pour la virulence des pathogènes.

Des études confirment cette intuition (dans le cas de prostatite qui est une infection bactérienne).

Lire : Changes in seminal fluid zinc during experimental prostatitis (1993)

Pour résumer : cela confirme la présence de pathogènes. La baisse du zinc est une défense.

A cette aune, le métabolisme des cellules cancéreuses dans la prostate n’apparaît plus comme une anomalie, mais simplement comme une réponse de défense adaptée au contexte, et à la présence d’un ou plusieurs pathogène (cellules fongiques selon Lintern).

Ce travail est bien entendu théorique. Mais il a le le mérite d’être élégant, simple et surtout de résoudre d’apparents paradoxes.

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Livres Prostate

Livre : The great prostate hoax

The great prostate hoax, how big medicine hijacked the PSA test and caused a public health disaster, de Richard J. Ablin (avec Ronald Piana) (2014)

Commençons par la fin. La plus grosse surprise de ce livre est le fait que les éditeurs français sont passés à côté. Le livre a été publié en anglais en 2014.

Et depuis ? Rien. On note une seule traduction : italien…

Pourquoi j’affirme que c’est fou ?

L’auteur est docteur, professeur de pathologie (université Arizona), un spécialiste du cancer de la prostate, un pionnier de l’immunothérapie.

Mais surtout : c’est lui qui a découvert le PSA (Prostate Specific Antigen)… en 1970 !

Difficile donc de trouver meilleur spécialiste pour parler du cancer de la prostate, des fameux tests PSA et des ravages qu’ils provoquent.

Certes, depuis 2014, la polémique a enflé, la presse a parlé de cette industrie des tests PSA et de ses effets négatifs.

Et pourtant. Combien d’hommes sont au courant ? De la polémique, des alertes dont celles d’Ablin, des études publiées invalidant ces tests menés à large échelle ?

Voici une brève synthèse :

-Ablin ne mâche pas ses mots. Il parle de « désastre de santé publique » !

-le PSA n’est ABSOLUMENT PAS spécifique au cancer. Il est spécifique… à la prostate.

-un homme peut donc avoir un PSA très faible et souffrir d’un cancer. A l’inverse, un PSA élevé et être en parfaite santé.

-le PSA ne peut donc absolument pas servir de test de diagnostic/détection du cancer. C’est un test de « suivi » (monitoring).

-Big Pharma a placé le seuil, le « cut off » à 4 ng/mL… Ce qui est criminel.

-une valeur de 4 ng/mL peut être provoquée par une éjaculation dans les 24h qui précèdent le prélèvement sanguin, ou encore une séance de vélo, une infection, ou bien une hyperplasie bénigne (un grossissement de la glande, très fréquent avec le vieillissement).

-si le seuil est atteint, alors l’industrie propose aux hommes une biopsie (procédure qui peut avoir des effets secondaires)

-au-delà, le cancer de la prostate est lié à l’âge et c’est un cancer à évolution lente.

-mais on propose aux hommes la chirurgie (ablation) et de la radiothérapie… qui provoquent des effets secondaires très lourds : incontinence et impuissance.

-chaque année aux Etats-Unis : 1 million de biopsies, débouchant sur 100 000 ablations, « la plupart d’entre-elles n’étant pas nécessaires« .

-Ablin le rappelle : la plupart du temps, les oncologues devraient simplement conseiller à leurs patients d' »attendre« . Or, ils ne vendent pas des « pauses ». Ils vendent des biopsies, des actes médicaux, des traitements. Voilà le hiatus.

-des études ont démontré que le test PSA ne changeait strictement rien à la mortalité dûe au cancer.

-on a joué cyniquement avec la peur provoquée par le mot « cancer », pour le plus grand profit d’une industrie créée de toute pièce.