
Mes excuses pour le titre légèrement racoleur bien que techniquement valide.
Quelle est la fonction de la prostate, organe situé sous la vessie de l’homme ? Produire le fluide (prostatique donc) qui va liquéfier et nourrir les spermatozoïdes (lesquels sont fabriqués par les testicules) formant ainsi le sperme.
Tout est clair ?
Premier bug : la prostate n’est pas stérile. Il y a des micro-organismes à l’intérieur mais surtout autour. La prostate est liée à l’urètre et donc au pénis. D’où le titre : l’activité sexuelle masculine est liée, physiquement, à la prostate.
C’est un une continuité. Un tout.
J’ai lu récemment un article pointant des associations (positives ou négatives) entre activité sexuelle et cancer de la prostate.
Titre : « Cancer de la prostate : un nombre élevé de partenaires aurait un effet protecteur » (lien)
« Lorsqu’un homme a fréquenté plus de 20 femmes dans sa vie, son risque de développer un cancer de la prostate est réduit de 28 %«
L’article poursuit : « En revanche, un homme qui a connu plus de 20 partenaires masculins dans sa vie connait un risque deux fois plus grand de souffrir d’un cancer de la prostate par rapport à ceux qui n’en ont fréquenté aucun.«
Je ne vais pas vous fatiguer à détailler les études sur ce sujet. Sachez qu’il y en a plusieurs et qu’elles parviennent à des conclusions parfois contradictoires.
En gros, c’est flou.
Aucune surprise ; tout ce qui touche à l’intimité n’est pas fiable d’un point de vue statistique.
Le sexe est intime, par définition. Nous n’avons pas encore installé -et heureusement- des caméras et des capteurs dans nos caleçons et nos chambres à coucher.
Tout le monde comprendra donc que les chiffres sont au mieux approximatifs voire franchement loufoques (et ne parlons même pas des biais, etc.)
Par ailleurs, un rapport sexuel avec 20 femmes ou hommes d’un soir avec préservatif n’a aucun rapport, c’est le cas de le dire, avec des relations multiples non protégées avec 20 partenaires sur des périodes de temps longues.
Enfin, il est difficile de comparer les pratiques sexuelles entre elles. Une pénétration vaginale n’est pas « égale » à une pénétration anale.
Bref, ces études sont intrinsèquement fragiles.
Mais passons outre et effectuons un travail d’imagination.
Le sexe est une voie royale pour les micro-organismes qu’ils soient pathogènes ou non. Car c’est une constante, un absolu biologique même : hommes et femmes copulent depuis la nuit des temps. Aucune religion, ni idéologie ni convention sociale n’a jamais pu supprimer cette nécessité vitale.
Bref, d’un point de vue évolutionniste, cette voie est parfaite pour un germe qui chercherait à pénétrer, littéralement, un organisme sain, se multiplier et ensuite contaminer d’autres hôtes.
Le sexe est ainsi le moyen de la survie (pour eux comme pour nous).
Voilà pourquoi de redoutables bactéries, virus, parasites et autres champignons (syphilis, herpès génital, Chlamydia, papillomavirus humain, gonorrhée, hépatite B, VIH, trichomonase, mycose génitale, etc.) se transmettent par voie sexuelle.
Pas parce que c’est ludique mais parce que c’est foutrement efficace. 😉
Lors d’un rapport sexuel d’autres micro-organismes en profitent et sautent dans le wagon.
Et si plusieurs partenaires au long cours (rapports vaginaux non protégés répétés) permettaient d’enrichir les microbiotes ? Celui de la vessie et celui de la prostate ?
Entraînant ainsi une stimulation à bas bruit, mais longue, du système immunitaire et donc des défenses anti-tumorales ?
A l’inverse, des rapports anaux non protégés, exposeraient le donneur à des microbiotes disons davantage pathogènes ?
Pas de malentendu : aucun jugement moral ici.
L’article avance l’idée de la stimulation mécanique de la prostate (lors de la sodomie) qui entraînerait des lésions, lesquelles expliqueraient la hausse du risque. Cela semble extrême.
Augmentons encore la focale. Les microbiotes sont par essence des équilibres.
Prenons Candida Albicans par exemple. Il vit en chacun de nous.
Tant que d’autres micro-organismes le tiennent en respect, tout va bien. Mais parfois, il devient envahissant et donc pathogène (la nature ayant horreur du vide selon l’expression consacrée).
On parle alors -plus généralement- de dysbiose.
Déséquilibre.
Bref. Rappelons cette évidence : tout rapport sexuel génère une grande foire aux micro-organismes.
Et au lieu de réinventer la roue tout en constatant des corrélations, nous devrions sans doute nous concentrer là-dessus.
Je me souviens d’une étude publiée en 2025 explorant le microbiote oral chez de jeunes mariés (durant les 6 premiers mois).
Les baisers profonds menaient à une forme d’égalisation des microbiotes oraux chez les tourteraux ainsi qu’à une égalisation de leur humeur (anxiété, dépression, insomnie, etc.).
Est-ce si extravagant ?
Le couple représente comme un partage de terrain. Les 2 partenaires y apportent leurs propres semences, leurs propres engrais, en mélangeant le tout.
Soyons lucides : que ce soit par la bouche, le vagin ou l’anus (sans oublier la peau, autre organe souvent oublié), tout contact sexuel prolongé entre 2 individus entraîne l’échange d’une multitude de germes.
Ces échanges peuvent bien sûr être négatifs (une bonne petite chaude-pisse ou une syphilis carabinée)… Mais pourquoi pas positifs chez l’homme au regard de sa prostate ?
Cette hypothèse, physiquement logique (l’urètre est une porte d’entrée vers la prostate) permettrait d’expliquer -simplement- les corrélations détectées entre activité sexuelle et cancer.
Résumons :
-certitude 1 : le cancer est lié au système immunitaire
-certitude 2 : les microbiotes sont liés au système immunitaire (positivement et négativement)
-certitude 3 : tout rapport sexuel entraîne un échange de micro-organismes entre les 2 partenaires : un bouillon de culture
-hypothèse 1 : certains micro-organismes échangés pourraient avoir un effet protecteur contre les tumeurs (via la stimulation du système immunitaire ou via le rétablissement de l’équilibre des microbiotes redonnant ainsi au système immunitaire sa plénitude fonctionnelle)
-hypothèse 2 : et si les Grecs anciens avaient tout compris avec leur mithridatisation ?
Trop de pathogènes de la même espèce récoltés durant un seul rapport provoquent une maladie.
Mais seulement quelques germes, d’espèce différentes, innoculés de manière répétée… renforceraient au contraire les défenses naturelles, réduisant ainsi, par ricochet, le risque cancéreux dans la prostate ?
PS : concernant la prostate et donc le fameux test PSA, je vous rappelle le livre -essentiel- du découvreur de cette protéine. The great prostate hoax : How Big Medicine Hijacked the PSA Test and Caused a Public Health Disaster.
Fiche de lecture ici : https://onconautes.com/2025/09/13/livre-the-great-prostate-hoax/